Une bouffée de reconnaissance. Un soupçon de fierté. Et surtout un immense plaisir de voir le terrain ainsi célébré. Le public de foot ne peut plus assister aux matchs de Super League, à cause du corona? Il se presse au parc Baud-Bovy, ce square genevois ouvert sur l’Arve qui jouxte Uni Mail. Dans cet espace vert planté de charmes où les enfants ont leur place de jeu, les personnes âgées, leur jardin autogéré, et les fumeurs de «weed», leur observatoire presque privé, les footeux black-blanc-beur occupent quotidiennement un terrain où des cinq contre cinq de tous âges enflamment le synthé. Dimanche dernier, les mordus avaient même sorti les dossards fluos et un commentateur jouait de la sono. Ou comment quitter le foot business pour le foot-passion, proche des gens et réjouissant!

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Si j’ai un pincement particulier devant cette liesse spontanée, c’est qu’avec une poignée de riverains, j’ai participé à la conception de ce parc durant les années 1990. C’était la grande époque de la démocratie de quartier voulue par la conseillère administrative Jacqueline Burnand et les habitants pouvaient rejoindre l’Association pour le parc de l’ancien palais (APAP), du nom de l’ancien palais des expositions qui se dressait à la place de l’université jusqu’en 1982 et que Palexpo a remplacé.

Toutes les idées étaient les bienvenues pour «penser» cette surface bornée de bâtiments sur trois de ses côtés et destinée à accueillir plusieurs populations, des familles aux étudiants, en passant par les personnes âgées, résidentes d’un immeuble protégé qui longe la parcelle…

Pas un hobby, une nécessité

Vous me voyez venir. Issue d’une famille campagnarde pour qui le foot n’est pas qu’un hobby mais une nécessité, j’ai milité pour l’aménagement d’un terrain qui a d’abord fait tousser. Trop de bruit, trop d’animation, peut-être même de la violence: les sceptiques ont résisté et il a fallu un peu batailler. Ensuite, situé au-dessus des abris bétonnés de l’arsenal qui ne permettent pas à l’eau de pluie de s’écouler, le terrain gazonné a longtemps ressemblé à un marécage boueux avant de trouver la verte stabilité d’une surface synthétique et de faire gazon comble, toute la journée. Le parascolaire à midi, les ados en fin d’après-midi et les (jeunes) adultes en soirée. Le jeu rien que le jeu. Des garçons en grande majorité. Mais, parfois, des filles aussi.

Jacques Dutronc chante la mort de son «petit jardin, au fond d’une cour à la Chaussée-d’Antin» et on a envie de pleurer. Je salue mon «petit terrain, en bordure d’un parc urbain» et je remercie les autorités et les compagnons de l’APAP d’avoir permis cet espace de fougue et de convivialité.


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