Presque 1000 pages, 12 historiens à l’œuvre et plusieurs dizaines de spécialistes de la période consultés au fil de l’élaboration, un comité scientifique international, des colloques, des séminaires et cinq années d’élaboration au total pour aboutir à Historiciser le mal, une édition critique de Mein Kampf, qui sort mercredi 2 juin. L’austérité du projet initié par les Editions Fayard se retrouve dans son mode de diffusion minutieusement balisé, avec une vente au prix de 100 euros (a priori, prix prévu de 149 francs) en librairie, uniquement sur commande (depuis la Suisse également), ainsi qu’une distribution gratuite aux bibliothèques universitaires et municipales qui en feront la demande.

Il ne s’agit pas d’une simple réédition de Mein Kampf, le texte le plus empoisonné du XXe siècle, mais bien de sa rigoureuse déconstruction historique. Car si la prose d’Adolf Hitler est restituée, et même retraduite, 27 introductions se posent en vigie à chacun des chapitres, en plus des notes de contextualisation dans les pages. «Ce texte est encerclé par les notes des historiens, comme un sarcophage, ont dit certains, souligne Sophie Hogg, directrice éditoriale de Fayard, qui a suivi l’ouvrage. C’est effectivement une manière d’armer véritablement le lecteur, en n’ayant plus le texte seul, qui circulait déjà librement partout.»