Oliver (vol de 11h10 pour Munich) a posé son bagage et a commencé à engloutir ses sept clémentines espagnoles. «On m'a dit à l'enregistrement qu'elles ne pouvaient pas venir avec moi en cabine, donc je les mange. Vous en voulez une?» Oliver qui s'est tenu informé et est donc arrivé «un peu en avance» à l'aéroport, n'en revient toujours pas: «Les fruits aussi sont interdits? Vous croyez que cela peut exploser? D'accord c'est du liquide mais uniquement quand c'est pressé!» Scène un peu loufoque à Cointrin lundi, jour d'entrée en vigueur des nouvelles mesures de sécurité aérienne (qui concernent tous les aéroports de l'Union européenne, d'Islande, de Norvège et de Suisse). Ce renforcement intervient après l'annonce le 10 août dernier par la Grande-Bretagne de la mise en échec d'un complot visant à faire exploser à l'aide d'explosifs liquides dix avions de ligne entre Londres et les Etats-Unis. A compter de lundi, tous les produits liquides, gels, pâtes et aérosols contenus dans des récipients de plus de 100 ml sont interdits en cabine. Aux passagers sont proposées les options suivantes: enregistrer en soute ces types de produit ou les emporter en cabine dans un seul sac plastique et refermable - type sac de congélation - de 20 cm sur 20, contenant des flacons et des tubes de 100 ml maximum. L'aéroport de Cointrin a fait un geste: il a commandé 250000 de ces petits sacs et les a mis à disposition «gracieusement» des passagers. «Mais dans un mois, il faudra venir avec», prévient Philippe Roy, le porte-parole de Cointrin.

Naziha (vol de 11h15 pour Prague) porte délicatement son petit sac qu'une hôtesse lui a tendu. Dedans: son mascara, un rouge à lèvres, un lait de visage pour peau très sèche. Un miroir et une pincette à épiler lui ont été retirés. Sandra, employée de la sûreté, explique: «Outre les liquides, des produits alimentaires comme le beurre de cacahuètes, le Nutella et le camembert sont interdits. D'une manière générale, tout produit malléable ne peut pas monter en cabine.» Et les fruits? «Euh, c'est autorisé il me semble.» Trop tard pour Oliver qui en a fini avec ses clémentines. Mauvaise nouvelle pour certains gourmets: outre le camembert, le foie gras est lui aussi passager non grata. Le gruyère est par contre toujours le bienvenu mais pas la soupe du chalet (toutes les soupes et tous les plats en sauce figurent sur la liste rouge).

Peu de retards enregistrés hier à Cointrin en dépit de l'application de ces nouvelles mesures légèrement perturbantes. «Novembre est le mois où le volume des voyageurs est le plus faible et le lundi est le moins mauvais jour car le passager type est un voyageur régulier, homme ou femme d'affaires, qui connaît le circuit», explique Philippe Roy. A hauteur des détecteurs de sécurité, les bagages à main et les trousses de toilette sont minutieusement fouillés. Des sacs-poubelle de cent litres ont été disposés. Echouent là «le trop et l'interdit», lotions, mousses à raser, shampooings, gels, crèmes chocolatées, «Vache qui rit», etc. Ils seront détruits. «Nous avons déjà rempli trois sacs-poubelle» dit Margareth Engel, un chef d'engagement. Les insultes, parfois, pleuvent. «Des gens nous disent que c'est honteux de jeter quand des enfants meurent de faim.»

Claude (vol de 12h10 pour New York) arpente gaiement le duty free. Il est habitué à ces mesures déjà en vigueur aux Etats-Unis. Ses achats aboutissent dans un sac scellé qui lui sera acheminé à bord avant le décollage. «Livré à domicile», se réjouit-il. Les passagers pour les autres destinations peuvent emporter leur sac scellé qu'ils ne pourront ouvrir qu'une fois installés en cabine. «Mais on leur conseille de ne pas y toucher s'ils ont des correspondances pour ne pas recommencer tout le processus», indique Elisabeth Engel. Un peu compliqué et contraignant. Philippe Roy souligne que des voyageurs pourraient privilégier les moyens de surface comme le TGV «qui met Paris-Est à moins de trois heures et accepte les camemberts».