«Concocter» est un verbe à la mode. Larousse l'a admis récemment avec cette définition: «Elaborer minutieusement», non sans préciser que l'usage demeure familier. Robert l'accepte aussi.

Littré donnait «concocteur», «terme de médecine, ce qui procure la digestion, la coction», avec cette référence à Fénelon: «Les aliments, changés par une prompte coction, se confondent tous en une liqueur douce.» Voilà une bien curieuse conception de la fonction excrémentielle. Car enfin, «concocter», c'est digérer et expulser. Qu'on y pense en découvrant le verbe utilisé à tort et à travers. J'ai même lu, la semaine dernière: «La problématique est de concocter un meilleur surfing d'Internet.»

Dès les années 80, le recours à la «problématique» est devenu aussi un tic de langage. Plus un colloque sans allusion au mot magique: on pouvait s'amuser du nombre de fois où il apparaissait et ne pas s'étonner même d'entendre évoquer «la problématique de la problématique».

Robert mit du temps à accepter le mot et se borna à renvoyer le lecteur à «questionnement», non sans mentionner «infliger la question, torturer pour arracher des aveux». Pour Littré, il n'y a jamais eu de substantif, mais un adjectif, avec cet exemple: «Jugement problématique se dit dans le kantisme des jugements selon lesquels le rapport de l'attribut au sujet n'est conçu que comme simplement possible. On l'oppose à jugement assertorique ou apodictique.» Je me borne à cette évidence!

Bref, problématique et concoctage se donnent la main dans le monde virtuel comme dans la vie de tous les jours. Ils apparaissent même sur l'écran du SMS. A prendre souvent le train, je suis soumis à la torture du mobile, nouveau supplice répétitif et donc chinois, qui vous interrompt brutalement dans votre lecture ou votre méditation pour vous associer à des soliloques qu'on finit par déchiffrer en imaginant les réponses à la problématique du questionnement. Cela ne vole jamais haut, encore qu'une fois, un physicien du CERN communiquait des formules physiques et paraissait trouver très clair ce que récusait son interlocuteur. Mais je constate que la plupart du temps, la conversation porte sur le repas qu'on a fait, ce qui nous ramène inéluctablement à la problématique de la concoction. Si j'ajoute avoir entendu: «Qui a concocté les bonbons Ricola? Les Suisses, évidemment», on m'accusera d'inventer la formule pour avoir une chute à cette réflexion sémiologique. Tant pis pour la problématique de ma bonne foi!