Un an après sa mise en service, c'est la plus grande plate-forme pétrolière du monde: 100 mètres de large, l'équivalent de 40 étages de haut et, depuis quatre jours, une inclinaison de 30 degrés ainsi qu'un enfoncement de plusieurs mètres qui fait craindre une marée noire sur les mangroves de Rio de Janeiro.

Jeudi dernier, peu après l'aube, trois explosions retentissent sur l'un des flotteurs de l'immense base marine, à 125 kilomètres des côtes. Un ouvrier meurt dans l'accident. Neuf autres disparaissent dans une chambre proche du flotteur qui commence à s'enfoncer. Depuis, les responsables de Petrobras, la société publique seule productrice de pétrole du pays, ont les yeux rivés sur la ligne de flottaison. «P-36 ne s'enfonce plus depuis cette nuit», a annoncé dimanche un porte-parole de l'entreprise. Elle avait alors sombré de quatre mètres.

A ce moment-là, 30 plongeurs et ingénieurs, conseillés par des experts américains, continuaient leurs efforts pour éviter une marée noire. Entre réservoirs et tuyauteries, 1,5 million de litres de pétrole se trouvaient dans la plate-forme en perdition. «Nous avons les moyens de contenir cette quantité, et même plus», rassurait un responsable de l'entreprise. Huit bateaux dotés de réservoirs d'une capacité totale de plus de deux millions de litres avaient alors pris position autour de P-36, cernée de barrages flottants.

Pour l'entreprise, la catastrophe représente la perte de 5 à 6% de sa production quotidienne de pétrole, alors qu'elle s'est engagée à assurer l'autosuffisance du Brésil d'ici à 2005 – le pays produit jusqu'ici les trois quarts de sa consommation. Mais elle pointe surtout le manque de sécurité croissant sur ses exploitations. Ces deux dernières années, 18 fonctionnaires sont morts dans des accidents causés par le manque d'entretien, accuse le principal syndicat du secteur. Cela sans compter les 66 décès en trois ans chez des sous-traitants de Petrobras qui, en divisant ses effectifs par deux depuis dix ans, a aiguisé la tension sociale. «Aujourd'hui, je veux récupérer mon mari vivant ou mort, a lâché l'épouse d'un des neuf disparus au quotidien Extra. Après, ils peuvent bien faire couler leur plate-forme».