A la fin de la semaine dernière, une adolescente de 12 ans habitant Givisiez, non loin de Fribourg, a développé une infection aux méningocoques au retour d'un camp de ski à Bellegarde (Jaun), en Gruyère. Or ce district se trouve justement en pleine campagne de vaccination contre la méningite, à cause d'une recrudescence des cas depuis le début de l'année. Il n'en fallait pas plus pour convaincre les autorités d'Estavayer-le-Lac, dans la Broye, d'annuler le camp de ski prévu à Bellegarde pour trois classes de la commune. L'exécutif a décidé de cette mesure vendredi, et a consulté les parents avant de se prononcer sur deux autres semaines blanches prévues dans la commune gruérienne après les vacances de Carnaval.

Les autorités d'Estavayer ont peut-être été encouragées dans leur démarche par la découverte, en fin de semaine, d'un autre cas d'infection aux méningocoques, chez un garçonnet de Crésuz, en Gruyère. Concours de circonstances, une recrue de l'école de Payerne s'est rendue vendredi à l'infirmerie pour des douleurs dans les membres et de la fièvre. Conduit samedi à l'hôpital de Payerne, le jeune homme souffrait d'une septicémie à méningocoques. Âgé de 20 ans, il est conscient et se trouve dans un état stable.

Faut-il voir dans cette accumulation de cas une progression inquiétante de la méningite? «Il n'y a aucun lien entre le cas de l'école de recrues de Payerne et la situation en Gruyère, avertit François Méan, médecin cantonal adjoint du canton de Vaud. Les bactéries responsables de la méningite ne peuvent se transmettre qu'à des personnes vivant en contact étroit avec un malade.» L'apparition sporadique de cas dans les casernes peut s'expliquer par un autre mécanisme. La bactérie responsable des méningites et des septicémies à méningocoques, Neisseria meningitidis, réside en effet sans provoquer de maladie dans l'organisme d'une petite proportion de la population. Ce sont ces «porteurs sains» qui constituent son unique réservoir. «Lorsque des personnes provenant de différentes régions sont rassemblées, explique François Méan, on constate que des porteurs sains, non contagieux en temps normal, peuvent parfois provoquer l'apparition de la maladie.»

L'activité gruérienne de la méningite n'est donc pas près de s'étendre au reste de la Suisse romande. «Dans le canton de Vaud, le nombre de cas enregistrés les trois derniers mois est de 2,6 pour 100 000 individus, observe le médecin. Ce chiffre correspond à une activité de la maladie tout à fait habituelle.» Jusqu'à dix cas pour 100 000 habitants, survenus en trois mois dans une même région, la maladie est considérée comme endémique et n'exige pas de mesures particulières de la part des autorités sanitaires, si ce n'est de s'assurer que toutes les personnes en contact avec un malade reçoivent un traitement prophylactique. Au-delà de dix cas, l'Office fédéral de la santé publique est d'avis que «la vaccination de la population à risque doit être considérée», même si l'épidémie n'est médicalement reconnue qu'à partir de 15 cas déclarés en une semaine.

Constatant que la Gruyère avait enregistré un taux de 10,6 cas pour 100 000 habitants en trois mois durant l'année 2000, les autorités sanitaires du canton de Fribourg ont pris la décision, au début du mois de février, de lancer une campagne de vaccination auprès des enfants et adolescents de la région (lire Le Temps du 1er février 2001). Une mesure que certains médecins cantonaux jugent exagérée, mais qui provoquera une décrue de la maladie.

La Suisse pourrait-elle connaître un jour une véritable épidémie? Pour François Méan, «la population helvétique vit de façon très individualisée, ce qui limite le risque. Les épidémies de méningite recensées comme telles par l'OMS se propagent la plupart du temps dans des pays où les gens vivent dans une plus grande promiscuité.»