Peut-on sans risque majeur recourir à la substitution hormonale (THS) pour traiter ses troubles dus à la ménopause? Ou est-il plus indiqué de se tourner vers des hormones «naturelles» comme celles contenues dans le soja? Depuis juillet 2002, les femmes ne savent plus très bien que faire. Beaucoup, même, ont choisi d'arrêter leur traitement. C'est à cette époque qu'une large étude américaine sur les effets des traitements hormonaux substitutifs, la Women's Health Initiative (WHI), avait été interrompue. Le traitement faisant courir un risque cardio-vasculaire accru aux patientes. Même si le profil des femmes traitées dans la WHI ne correspondait pas à celui des Européennes substituées, et si les substances utilisées différaient, l'annonce a semé la panique.

Depuis d'autres recherches, en particulier une étude française ont montré de nouvelles perspectives. Mais le doute subsiste, et le CHUV propose ce soir une conférence-débat sur le sujet. Explications de Dominique de Ziegler, chef des Unités de médecine de la reproduction et d'endocrinologie de Genève et Lausanne.

Le Temps: Faut-il limiter la période de substitution hormonale?

Dominique de Ziegler: Il y a deux aspects à prendre en compte, celui de la santé publique qui nous pousse à mener des études et à avoir une grande vigilance et celui de la santé «privée». Les alertes que nous avons vécues nous poussent à individualiser les traitements. Il faut savoir ce dont une femme a besoin. Les bouffées de chaleur ne sont que la pointe visible de l'iceberg dans la ménopause. Elle entraîne aussi un mauvais fonctionnement neuropsychologique qui varie d'une personne à l'autre. La mémoire vive, qui permet de faire plusieurs choses à la fois, diminue beaucoup. Ce qui peut poser problème à une secrétaire et pas à une retraitée. Ce sont les points faibles des patientes qui ressortent. Le tout est de savoir si cela nécessite un traitement ou non. Dans le cas de la dépression par exemple, on obtient un meilleur résultat avec un THS qu'avec des antidépresseurs. On peut aussi décider, en fonction des changements qui surviennent dans la vie de ces patientes, de suspendre le traitement et de le reprendre plus tard si nécessaire. Aujourd'hui la femme participe beaucoup plus à son traitement, c'est elle qui fait son choix.

- Y a-t-il beaucoup d'éléments peu clairs par rapport aux hormones?

- Au lendemain de la WHI, il y a eu une vraie panique. Si bien que les femmes se sont retrouvées seules face à l'ignorance du moment. Elles étaient ainsi captives d'un nouveau marché de produits pseudo-naturels pour faire face à leurs symptômes. Certaines plantes comme le soja contiennent bien un petit peu d'hormones, mais elles n'ont rien de «naturel». Pour la femme, ce qui est naturel ce n'est pas ce qui pousse dans la terre mais ce qui correspond à l'environnement hormonal où elle se trouve lorsqu'elle fabrique ses hormones.

- A-t-on progressé dans les traitements de substitution?

- La seconde partie de la WHI a été poursuivie un temps. Elle concernait des femmes ayant subi une ablation de l'utérus et qui de ce fait pouvaient être traitées avec des œstrogènes seulement. Or on n'a pas trouvé chez ces femmes d'augmentation du cancer du sein. Les œstrogènes n'ont donc pas d'effet sur ce cancer, contrairement à ce que l'on pensait. Des résultats qui ont été confirmés par une étude française*. Ce sont donc les progestatifs qui augmentent le risque de cancer du sein. Mais, curieusement, dans l'étude française, les chercheurs n'ont pas constaté d'augmentation du cancer du sein lié à la progestérone. Nous nous trouvions devant un nouveau «paradoxe français». Pourquoi? C'est que les Français, comme les Suisses et les Belges, utilisent une progestérone micronisée, soit réduite en petites particules, sous cette forme, elle n'augmente pas le risque de cancer du sein.

- L'étude américaine a montré que les œstrogènes augmentaient le risque cardio-vasculaire.

- Cela a été une surprise, car on s'attendait à ce que cette hormone ait au contraire un effet protecteur au niveau cardio-vasculaire. Mais les études ont montré que c'est lorsqu'ils sont pris par voie orale que les œstrogènes augmentent le risque cardio-vasculaire, ce n'est pas le cas avec les patchs ou les gels.

* «Ménopause: questions publiques et questions privées». Grand auditoire César Roux au CHUV à Lausanne. Jeudi 9 novembre, à 18h.