Les femmes ménopausées s'interrogent de plus en plus sur l'opportunité de poursuivre un traitement hormonal substitutif (THS) en raison des risques accrus de cancer du sein. Des études ont en effet démontré des effets nocifs engendrés tant par les œstrogènes que par la progestérone, ces hormones qui règlent le cycle féminin, dans le THS. Les personnes concernées vont donc être passionnées par les résultats d'une étude de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale à Paris. Ceux-ci montrent en effet que la combinaison hormonale contenant des œstrogènes et de la progestérone «naturelle», soit une molécule chimiquement identique à celle sécrétée par les ovaires, semble dépourvue d'effet cancérigène. Alors que la préparation classique, œstrogènes et progestatif de synthèse, augmente de 40% le risque de cancer du sein, même sur une courte durée.

Cette seconde constatation corrobore les résultats de la fameuse étude américaine, la Women's Health Intiative (WHI), dont la parution en juillet 2002 avait suscité un vent de panique aux Etats-Unis puis en Europe (LT du 20.07.02). Cette convergence est intéressante, puisque les substances utilisées des deux côtés de l'Atlantique ne sont pas les mêmes. L'âge des patientes diffère également.

L'étude française, menée par Françoise Clavel-Chapelon et Agnès Fournier, confirme également les conclusions du second volet de la WHI. Les œstrogènes seuls, prescrits pour soulager les symptômes de la ménopause aux femmes ayant subi une ablation de l'utérus, s'ils induisent une légère augmentation des attaques cérébrales, n'augmentent pas le risque de cancer du sein (LT du 27.04.04). C'est donc la progestérone qui pose problème dans ce domaine. Et en montrant que seule la progestérone de synthèse causait un risque accru de cancer du sein et non la progestérone «naturelle», les chercheuses françaises ont véritablement ouvert de nouvelles perspectives pour le traitement de la ménopause.

L'étude porte sur près de 55 000 femmes ménopausées. Leur traitement combinait des œstrogènes, généralement administrés sous forme de patchs ou de gels, à des progestatifs de synthèse ou à de la progestérone «naturelle» micronisée. Cette fameuse progestérone imitant la nature est fractionnée en particules de très petite taille, de façon à faciliter son absorption. L'objet de l'étude était de coller de plus près au profil des femmes et aux traitements utilisés en France. Et, puisque les autorités sanitaires recommandaient désormais des traitements de courte durée, de définir le risque associé à cette pratique.

L'analyse des résultats globaux révèle une augmentation sensible du risque de cancer du sein chez les femmes traitées après une durée moyenne de traitement de 2,8 ans. Toutes combinaisons et mode d'administration confondus, l'augmentation du risque est de 20%. Et, on l'a vu, de 40% avec l'association progestérone de synthèse et œstrogène.

La piste de la progestérone micronisée apparaît donc comme une solution à celles qui ne souhaitent pas renoncer à leur traitement de substitution.

«Ces résultats sont très encourageants», commente Dominique de Ziegler, chef de l'Unité de médecine de la reproduction et d'endocrinologie aux Hôpitaux universitaires de Genève. La progestérone peut toutefois provoquer une somnolence ou des troubles du sommeil. «Cette hormone est également produite par le cerveau, chez les hommes et les femmes, c'est une sorte de Valium endogène, explique le médecin. Lorsqu'elle est prise par voie orale, la progestérone passe par le foie et ses produits de dégradation se retrouvent en quantité excessive dans l'organisme. Pour éviter cela, nous l'administrons par voie vaginale.»

Il semble également que le dosage joue un rôle important. «Des études récentes montrent une légère augmentation des cancers du sein chez les femmes ayant une ménopause tardive, comme celles-ci étaient sous l'effet d'une progestérone vraiment naturelle, la leur. Ce qui montre que la durée d'exposition est probablement un facteur de risque. Dans l'étude française la dose utilisée semble ne pas avoir eu d'effet négatif.»

Les traitements de substitution hormonale permettent d'améliorer la qualité de vie

des femmes ménopausées. Il faut toutefois faire preuve de discernement face aux hormones proposées.