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Même une fois qu’on est adulte, les attitudes en ligne de ses parents sont susceptibles d’être embarrassantes.
© Lucy Lambriex/Getty Images

Sur les réseaux

Ma mère, cette amie Facebook pas comme les autres

Pour parer à tout malaise, faudrait-il éviter d’être amis en ligne entre parents et enfants? Tout dépend de l’âge des seconds, disent les spécialistes

Etre connecté avec ses parents sur les réseaux sociaux n’est pas toujours simple: la chanteuse américaine Beyoncé elle-même aurait honte des gaffes répétées de sa mère sur Instagram. Alors, quels sont les enjeux d’une amitié en ligne avec ses parents?

«Les amis de ma fille sont mes amis! Quel plaisir!» C’est ce qu’on pouvait lire l’autre matin sur le mur Facebook de Colette, infirmière genevoise de 59 ans. Ce commentaire accompagnait une vidéo célébrant le premier anniversaire de l’amitié, sur le réseau social, de cette maman et d’un ami de sa fille. Ce type d’interactions, Colette et sa fille, Marie, étudiante de 24 ans, les connaissent bien. «Au début, j’étais contre l’idée d’aller dans un univers qui appartient à mes filles et elles ne le voulaient pas spécialement non plus», raconte la mère. «Puis plusieurs personnes de mon âge s’y sont mises, Marie me laissait regarder le fil d’actualité depuis son compte Facebook, et je me suis amusée.» Elle sourit: «Mais j’ai parfois «liké» des publications par erreur, alors elle m’a aidé à créer mon profil.»

Lire aussi: Mes enfants, mon profil Facebook et moi

Des codes différents

Même une fois qu’on est adulte, les attitudes en ligne de ses parents sont susceptibles d’être embarrassantes. Pourquoi? «La gêne est liée à des codes d’expression, pas seulement à la technique», répond Olivier Glassey, sociologue spécialiste du numérique à l’Université de Lausanne. «Il y a une façon de formuler les phrases et de mettre les bons émojis qui permet de dresser un portrait-robot de celui qui est en ligne. Et les parents, qui ont d’autres codes, s’expriment différemment, sous le regard des autres.»

Si Marie sourit avec tendresse des erreurs techniques de sa mère, comme «quand elle souhaite par erreur bon anniversaire à des amis sur son propre mur», il lui arrive de discuter sérieusement de certaines publications avec elle. «Je lui explique la différence entre le privé et le public, la portée que ça peut avoir.» Colette regrette par moments: «Une fois par exemple, j’ai partagé une publication sur les enfants qui meurent de faim. Même si la cause est juste, sans contexte, ça n’avait pas sa place ici», explique-t-elle. «C’est Marie qui m’a fait m’en rendre compte, elle m’a dit ne pas comprendre pourquoi je partageais cela, et on en a parlé.»

Verticalité et horizontalité

Pour éviter tout malaise, faudrait-il éviter l’amitié en ligne entre parents et enfants? Niels Weber, psychologue spécialiste en hyperconnectivité vivant à Lausanne, différencie la relation parent-enfant quand il s’agit de deux adultes ou quand l’enfant est encore mineur: «Les parents d’adolescents, en devenant leur ami sur les réseaux sociaux, ont envie de les surveiller ou de créer une amitié. Mais ils mélangent deux niveaux: la parentalité s’articule de manière verticale, les parents sont garants d’un cadre. Mais lorsqu’on devient amis sur Facebook, on crée une illusion d’horizontalité, on perd cette idée de transmission. Je le déconseille donc.»

Dans la pratique déjà, Facebook est devenu pour beaucoup de jeunes un univers de façade car il y a ce regard scrutateur potentiel de la famille

Olivier Glassey

Et à l’âge adulte? «C’est différent, c’est un choix qui relève de la construction identitaire.» Pour le sociologue Olivier Glassey, ne pas être ami avec ses parents sur les réseaux sociaux permettrait de conserver une certaine intimité, sans être en permanence sous le regard de ses proches.

Mais bientôt, cette cohabitation de générations sur les réseaux sociaux pourrait n’être plus qu’un souvenir: «Dans la pratique déjà, Facebook est devenu pour beaucoup de jeunes un univers de façade car il y a ce regard scrutateur potentiel de la famille», affirme Olivier Glassey. C’est aussi l’avis de Niels Weber: «Maintenant que les parents ont investi le terrain, les jeunes fuient vers d’autres réseaux sociaux, comme Snapchat.» Jusqu’à ce que les parents soient tous sur Snapchat à leur tour.

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