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Valerie Hunter Gordon, mère de 6 enfants, inventrice de la couche jetable. Capture d’écran tirée de l’entretien qu’elle a donné à la BBC en 2015.

Inventions

La mère des couches jetables qui a sauvé tous les autres parents

A la croisée de l’histoire sociale et familiale, la couche jetable pour bébés a changé notre monde, dans les années 1950. Hommage à Valerie Hunter Gordon, une Ecossaise révolutionnaire qui vient de décéder, à 94 ans

Au panthéon des bienfaiteurs des jeunes parents débordés, elle occupe une des toutes premières places, sinon la première. Inventrice des couches jetables, pensez donc. Pas besoin d’en dire plus. Et pourtant. Hors de son Ecosse natale et du Royaume-Uni qui l’ont redécouverte il y a quelques années seulement, son nom est parfaitement inconnu. Valerie Hunter Gordon fait partie de toutes ces femmes qui ont changé le monde sans que le monde s’en aperçoive et lui dise merci. Son décès cette semaine à 94 ans près d’Inverness, valait bien qu’on en remette une, de couche.

Nous sommes en 1947. La fin des privations devient plus concrète au Royaume-Uni, journaux et radio font état tous les jours des progrès du confort ménager. Valerie Hunter Gordon n’a pas trente ans, son mari militaire vient de rentrer de Bornéo où il était instructeur et voilà qu’elle découvre qu’elle va avoir un 3e enfant. Refusant la perspective de devoir une nouvelle fois se coltiner la corvée des couches à laver (et à repasser) en permanence, la jeune femme a l’idée de fixer à une sorte de culotte en plastique un rembourrage jetable. Une idée simplissime, confiera-t-elle en 2015 à la BBC, mais que personne n’avait mise en pratique – parce que c’était difficile à faire. La jeune femme prend son fils comme modèle et passe des mois à améliorer son prototype, qui s’arrache parmi ses connaissances: elle en confectionne plus de 400 en quelques mois sur sa petite machine à coudre Singer installée dans sa cuisine, utilisant de la cellulose pour le rembourrage, le «pad», et de la toile de parachute pour le maintenir. Plus d’épingle à nourrice: elle installe des pressions. Et la peau de l’enfant est en contact avec du coton, pour la douceur. Le rembourrage se jette dans les toilettes, le coton à la poubelle, et le plastique détachable se conserve.

«Tout le monde me disait – Valérie tu peux m’en faire?», racontera-t-elle à la BBC. Son mari est mis à contribution et commence à démarcher les distributeurs. Le premier brevet est déposé en 1948, la couche s’appellera Paddi, et la fabrication passe en mode semi-industriel en 1949, quand, lors d’un dîner, le père de Valerie persuade le patron de Robinsons, une firme de drugstores, de les réaliser. L’affaire est rondement menée. Les pharmaciens Boots les distribuent dès 1950. «Après la guerre, les femmes étaient impatientes de jouer un rôle actif dans la société et ravies de la possibilité de se débarrasser de cette corvée», peut-on lire dans le Musée national d’Ecosse, qui consacre depuis 2001 une vitrine aux couches et leur inventrice. Ce sont aussi les années où les idées du docteur Spock commencent à se répandre, centrées sur l’enfant et la relation familiale: le temps que les parents ont pour leurs enfants doit être consacré au jeu, pas à la lessive.

Le succès est très vite au rendez-vous. «Inventé par une mère, en trois tailles et en trois couleurs. L’air circule librement et la couche est étanche» dit la publicité.

Bizarrement les médecins et nurses sont d’abord réticents, pensant que le plastique empêche la peau des enfants de respirer; l’idée de couches jetables heurte aussi les consciences, après des années de pénurie où on a pris l’habitude de tout conserver par précaution. C’est un article du «Lancet» qui change tout, écrit par un médecin militaire ami qui utilise les Paddis pour ses enfants en en disant le plus grand bien…

A la fin des années 1960, la marque Paddi se fait supplanter par les Pampers américains. Son site Internet très riche raconte comment ses couches ont libéré les femmes en leur permettant de voyager et de travailler, un sacré morceau d’histoire sociale et familiale.

Ironie du temps qui passe: de libératrices qu’elles étaient, les couches jetables sont devenues objet d’opprobre aujourd’hui, en raison de leur bilan écologique désastreux. Vingt milliards de couches sont utilisées tous les ans, produisant 3,5 milliards de tonnes de déchets, non biodégradables, non recyclables, et non compostables. Blanchies au chlore, utilisant un gel nocif pour l’environnement et détruisant plus de 300 000 arbres par an rien qu’aux Etats-Unis, les couches sont devenues une des principales sources de pollution de la planète. Pas étonnant que les couches lavables soient de nouveau tendance chez les écologistes et les bobos. Il faut le répéter: les premières couches jetables étaient bien moins polluantes que celles d’aujourd’hui. Le plastique justement se conservait. Valerie Hunter Gordon n’a peut-être pas fini d’apporter ses bienfaits.

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