La France remonte le temps et parcourt sa géographie pour entrer dans l'an 2000. C'est de l'Observatoire de Paris, un des lieux les moins connus, mais des plus présents dans l'imaginaire collectif français, qu'a été donné, hier à 11 heures précises, le lancement officiel de «la Méridienne verte», un des plus étonnants et poétiques projets du millenium.

C'est là qu'est installée depuis les années 30 l'horloge parlante qui a donné par téléphone l'heure exacte à des générations de Français. Relayé par France-Info, l'observatoire a donné le top départ, et au même moment sur tout le parcours du méridien de Paris, des milliers d'enfants ont lâché des ballons au ciel, en même temps. Ou presque. Juste avant, ils avaient participé, toujours tout au long de cette ligne invisible qu'est le méridien de Paris, à des plantations d'arbres. Tout est symbole dans cette opération, comme le choix de la date de la plantation de ces arbres: 25 novembre, jour de la Sainte-Catherine. Là encore, un des dictons les plus populaires de la culture agricole française veut que «à la Sainte-Catherine, tout bois prend racines». C'était donc bien le jour idoine pour planter, en pensant à l'avenir, tout en retrouvant ses racines dans son territoire. Le temps et le territoire, joli résumé de cette étonnante opération «Méridienne verte».

De Dunkerque à Prats de Molle

Car l'action, pensée par l'architecte paysagiste Paul Chemetov, sera un des phares du passage à l'an 2000. Elle se propose de retrouver et d'écrire dans le paysage de toute la France une ligne virtuelle qui court de Dunkerque (au Nord) à Prats de Molle (au Sud). Cette ligne, c'est celle du méridien de Paris qui passe exactement dans l'axe de construction de l'Observatoire de la capitale française, lequel a été voulu par Louis XIV. Dans la salle principale, parmi les taches de chocolat renversé sur les beaux parquets par des enfants tout excités, une ligne de laiton, sous un cache de plastique transparent, matérialise ce méridien qui relie les deux pôles de la terre. Il y a deux cents ans, Jean Baptiste Delambre et Pierre Méchain ont parcouru la France du nord au sud en longeant précisément le méridien de Paris afin d'en ramener… la mesure exacte du mètre: un dix-millionième du quart du méridien de Paris.

Un message en morse

Deux siècles plus tard, Paul Chemetov reprend leur travail et veut donner corps à cette ligne imaginaire qu'il se propose de dessiner… avec des arbres. Des arbres, en bosquets, alignés, isolés, par deux, en visée qui tout au long de cette ligne invisible vont relier les paysages français. Ni haie, ni mur vert, le dessin au final devrait donner vu d'avion plutôt l'allure d'un message écrit en morse avec des points, des tirets, des espaces. On ne sait si ce message aura un sens car on ignore encore parfois où pourront être plantés ces arbres: impossible de le faire sans l'accord des propriétaires des terrains. Il y en a plus de 15 000. Tout comme il y a 337 communes, 20 départements et huit régions plus la Catalogne en Espagne, traversés par cette ligne verte.

Depuis deux ans, huit équipes de paysagistes ont parcouru le méridien, effectué des relevés photographiques, géologiques, topographiques pour déterminer quelle plantation s'adapterait le mieux à chaque lieu. Le résultat donne des choses troublantes. Comme une coupe culturelle, géographique, sociologique du pays. Ainsi, ils ont pu constater que les communes traversées se divisaient exactement par moitié entre plus et moins de 500 habitants. Les 20 départements sont également à moitié de gauche, à moitié de droite. Les communes ont, à une décimale, près la même moyenne qu'au niveau national de femmes élues maires: 7, 3%.

Le 14 juillet prochain, jour de Fête nationale, un «incroyable pique-nique» devrait s'étirer tout au long de cette Méridienne, et permettre aux Français, comme il y a deux ans après leur victoire en Coupe du monde, de se retrouver.