Sur la montagne, dans la campagne, des feux s'allument. En général, il fait un peu froid. Toute la journée, les enfants et autres Helvètes pyromaniaques ont scruté le ciel pour voir s'ils pouvaient envoyer leurs fusées entre deux ondées. Un 1er Août classique. Cette année pourtant, le scénario sera différent. Les Suisses devront se contenter, avec une pointe de nostalgie, de leurs souvenirs émus. A moins que les dieux de la météo ne se ravisent, l'usage de matériel pyrotechnique sera interdit dans de nombreux cantons, de même que les feux. C'est le cas des cantons de Vaud, de Fribourg, du Valais, du Jura, des Grisons, de Thurgovie, de Schaffhouse, du Tessin, des deux Appenzells et, dernier à prendre cette décision, de Genève. Ce canton autorise tout de même les feux patriotiques organisés par les communes. Neuchâtel se déterminera aujourd'hui. A Zurich et à Berne, la décision relève des communes.

Ceux que la perspective d'une fête nationale sans fusées colorées désespère pourront tout de même se consoler en se rendant au bord des lacs. Car les feux d'artifice sont autorisés sur les plans d'eau, pour autant que les barges d'où ils sont lancés se tiennent à une distance minimale de 300 mètres du bord et des embarcations. Voilà qui sauve du même coup le festival pyromélodique des Fêtes de Genève.

Les interdictions frappant les feux du 1er Août peuvent sembler un peu hâtives, puisqu'il reste tout de même une petite semaine avant la fête. Et s'il pleuvait d'ici là? Elles pourraient alors être levées. En 1976 par exemple, les feux avaient également été interdits pour la journée nationale, mais des précipitations de dernière minute avaient fait revenir les autorités sur leur décision.

Anick Haldimann, du service de prévision de Météo Suisse, annonçait hier un vendredi sec après les quelques ondées de jeudi, des orages isolés samedi, et des pluies plus organisées dimanche. Avec un début de semaine moins chaud et moins sec. Elle ne peut en dire plus, car les prévisions ne sont pas fiables au-delà de cinq jours.

Son collègue Dominique Sussi rappelle que la sécheresse a été longue et s'est doublée d'une chaleur inhabituelle. «En juin, les températures ont été supérieures à la norme de 6 à 7°C, souligne-t-il. A Genève, il y a eu 20 jours tropicaux (pendant lesquels la température excède les 30°C, ndlr), alors qu'en moyenne il y en a deux. Le mois de juillet dépasse également les normes avec déjà plus de 200 heures d'ensoleillement pour une moyenne habituelle de 220 à 250 heures sur tout le mois. Et il y a eu 10 jours de températures tropicales pour une norme mensuelle de 4 à 6 jours. Depuis le début de l'année, il y a peu de pluies, les plantes grignotent leurs réserves.»

C'est bien ce que constate André Stäubli, directeur de la Station fédérale de Changins: «Le déficit en pluie est énorme, explique-t-il. Tant que le sol n'est pas gorgé d'eau, il suffit d'une journée de soleil pour l'assécher à nouveau. Lundi, il est tombé 6 mm de pluie à la station, autant dire rien, et la moitié de cette eau s'est évaporée avant de toucher le sol. De plus, dans la région, les résidus de paille sont broyés et laissés sur place après la moisson, ce qui constitue un matériel hautement inflammable.»

Justement, Paléo, situé en pleins champs, compte sur une dérogation pour tirer dimanche ses fameux feux d'artifice de clôture. «Leur système de sécurité est rodé, estime Jérôme Frachebourg, secrétaire général du Département de la sécurité et de l'environnement de l'Etat de Vaud. Ils ont une équipe de pompiers, de policiers et de bénévoles tout à fait au point. Mais il n'y aura pas d'autres exceptions.»

Dans le canton de Vaud, il n'y aura de feux que sur le lac. Montreux, La Tour-de-Peilz, Vevey, Cully, Lutry, Pully, Morges, Saint-Prex et Rolle ont déjà demandé une autorisation. Les spectacles pyrotechniques seront surveillés par le Groupe des spécialistes en dépiégeage (GSD). A Genève, c'est la Brigade du lac qui veillera au grain. Mais ce ne sera pas «le branle-bas de combat», nous explique-t-on des deux côtés. «On ne va pas lever des troupes pour faire respecter l'interdiction», confirme Philippe Wassmer, directeur de la sécurité civile et de l'inspectorat cantonal du feu à Genève.

Les autorités ne sont pas revenues sur l'autorisation de vente d'engins pyrotechniques faite aux magasins. Si bien que chacun peut aller s'approvisionner, mais il ne peut qu'admirer ses achats et devra très probablement les stocker jusqu'à l'année prochaine. Il vaut donc mieux rapporter fusées et vésuves au magasin, conseille-t-on au GSD. Les distributeurs Migros, Coop, Jumbo et Manor reprennent d'ailleurs le matériel non utilisé. Une marchandise explosive dont ils pourront se défaire chez leurs grossistes.