Où s'arrêtera donc l'ingéniosité humaine? Comme chaque année, le Salon international des inventions, des techniques et produits nouveaux, dont la 26e édition se déroule jusqu'au 5 avril à Palexpo à Genève, fourmille d'idées inédites, des plus utiles aux plus burlesques: la perceuse au bout d'une perche, le «pénétromètre de lubrifiants plastiques», les lunettes pour aveugle ou encore les toilettes musicales qui entonnent un petit air au moment où vous relevez le couvercle. Une constante se dégage pourtant quand on se promène le long des stands. Les inventions semblent le plus souvent répondre directement aux besoins spécifiques du pays dans lequel elles ont été développées.

C'est exactement dans cet esprit que M. Nayan Salleh, inspecteur au Ministère de la santé de Malaisie, a conçu son réservoir Simpak. La vue de rivières et marigots de son pays, proprement asphyxiés par les déchets organiques provenant des ménages, restaurants et écoles, l'a poussé à trouver un remède, ingénieux bien sûr, bon marché et écologique. Fixé sous l'évier à vaisselle, l'objet récolte les eaux usées et agit en deux temps. Il sépare d'abord le liquide du solide à l'aide d'une passoire amovible. En profitant de leur différence de densité, le même ustensile permet dans un second compartiment de récupérer très facilement l'huile flottant sur l'eau. Cette dernière, beaucoup moins chargée, peut alors s'écouler dans la nature.

Anti-moustiques

et pompes hydrauliques

«Il existe une loi en Malaisie qui interdit le rejet dans les égouts de matières organiques ménagères, explique M. Nayan Salleh. Seulement, personne n'a la possibilité d'obéir, faute d'installation adéquate. Mon invention permet enfin de régulariser cette situation paradoxale. L'Etat va, par ailleurs, subventionner la commercialisation de mon réservoir afin de le rendre le plus accessible possible.» Et de préciser qu'il vend sa patente dès qu'un acheteur se présentera. Le prix reste encore à discuter.

Le même souci d'améliorer la qualité de vie de ses concitoyens anime le stand d'un autre malais, M. Hew, représenté à Genève par sa femme. Il propose un anti-moustiques d'une efficacité redoutable tout en évitant les désagréments des méthodes traditionnelles comme le spray, les installations électriques ou les charbons incandescents. Il s'agit d'un produit naturel qui dégage une odeur insupportable pour toutes les espèces de moustiques de la région. Un coup de pouce pour le moins bienvenu dans ce pays infesté par ces insectes, vecteurs de nombreuses maladies graves.

Plus loin, Mohamed Lamine Camara, maître de conférence et chef de la chaire de mécanique de l‘Université de Conakry en Guinée, expose une pompe hydraulique villageoise qu'il a développée lui-même, facilitant l'extraction de l'eau profonde.

Tout aussi cohérent avec les besoins de son pays mais à un niveau différent de nécessité, un Français propose un procédé de neutralisation sanitaire de l'amiante dans l'industrie de la construction. Un autre représentant de l'Hexagone, quant à lui, s'en est pris à l'alcoolisme en développant un verre gradué qui permet au buveur de contrôler continuellement son taux d'alcoolémie.

L'invention de la firme suisse Novatech, certes utile en ces temps troublés, fait néanmoins sourire: un système de revêtement permanent anti-graffiti pour la protection esthétique des bâtiments. Tout aussi sensible aux demandes de ses compatriotes, un laboratoire espagnol vend des peignes stériles et jetables afin d'éviter les nombreuses maladies qui se transmettent par l'intermédiaire de l'objet contondant. Une autre invention du même pays consiste en un dispositif pour sanitaires à utiliser par les hommes pour (enfin) uriner dans la cuvette des W.-C. Et il y a aussi

cet Italien, très à la page, qui a bricolé un soutien-gorge capable de recevoir un téléphone portable.