Médias

«Le métier de journaliste reste précaire»

Plusieurs stagiaires ont investi la rédaction du «Temps» pour l’été. Ces apprentis journalistes racontent leurs premiers pas dans une profession en difficulté, souvent décriée

Ces jours à Couthures, dans le Sud-Ouest de la France, se tient le Festival du journalisme vivant. L’événement, dont Le Temps est partenaire, comprend de nombreux «ateliers de Couthures» dans lesquels se discutent l’avenir du journalisme et les grands enjeux des médias.

Dans ce contexte, Le Temps a interrogé les stagiaires qui occupent sa salle de rédaction pendant l’été. Quel regard ces jeunes portent-ils sur ce métier ébranlé?

Dans le calme plat de l’été, ils se confrontent à l’actualité. Plusieurs stagiaires alimentent les pages et le site web du Temps. A cette occasion, ils découvrent tout un folklore: la conférence de rédaction, les joies du reportage et l’écriture. Jusqu’au stress du bouclage en fin de journée.

Mais quel regard portent-ils sur ce métier en pleine mutation? Leur réponse est pour le moins nuancée. C’est un mélange de fascination, de détermination et d’inquiétude. «J’ai vraiment envie d’être journaliste, mais ça me fait peur», confie Roxane. Cette Française de 24 ans observe avec crainte la révolution technologique qui s’opère. Dans cette période troublée, les médias peinent à trouver un équilibre économique, et à engager des journalistes. «Ce métier reste précaire. Il est difficile d’obtenir un poste dans une rédaction», regrette-t-elle.

«L’odeur du papier»

Le journal papier décline pour laisser toujours plus de place aux contenus numériques. Une transition censée parler à cette nouvelle génération de professionnels de l’information. «Le journal va disparaître, enfin beaucoup de gens le prédisent. Cette finalité dépend du développement technologique», estime Clarisse, stagiaire pour un mois. Comme ses camarades, elle avoue ne pas acheter le journal, car c’est «plus rapide d’accéder aux informations en ligne que d’aller au kiosque».

Mal-en-point, ce papier qui tache les doigts conserve toutefois son charme. «J’aime l’odeur du papier, et ça donne un côté intellectuel quand tu arrives dans un lieu», plaisante-t-elle. Roxane pense que cet amas de feuilles n’a pas dit son dernier mot: «On a dit la même chose pour les livres imprimés, et ils résistent au numérique.» Attachés à leur smartphone, ces jeunes soulignent l’avantage principal du papier. «Quand tu vas au café, tu vois beaucoup de gens qui feuillettent le journal. C’est plus simple, tu peux le lire quand tu n’as plus de batterie sur ton téléphone», confirme Boris.

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«Un peu de snobisme»

Diplômé en droit international, le jeune homme de 26 ans n’a jamais travaillé dans un média. Jusqu’ici, il était plus habitué à l’ambiance feutrée des ambassades et aux visites ministérielles, même si ses parents ont tous deux exercé la profession de journaliste. «C’était amusant mais ici c’est plus dynamique, je ne regarde pas trop ma montre», sourit-il. Il pose toutefois un regard exigeant sur l’offre du Temps, et plus particulièrement sur les contenus produits par les blogueurs. «La rédaction essaie de dynamiser le titre, mais cela va parfois un peu trop loin. Il faut que le journal garde un peu de snobisme, que cela reste un journal de référence», estime-t-il.

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S’il n’a pas fait d’école de journalisme, Boris espère tout de même apporter quelque chose aux lecteurs: «J’ai l’impression d’avoir des connaissances pointues qui peuvent être utiles dans ce métier.» Il faut dire que les journalistes sont sous le feu des critiques. On leur reproche souvent leur manque de rigueur ou leur fainéantise. Les stagiaires entendent ces reproches. «Il faut être conscient des conséquences de nos écrits, on traite parfois des sujets sensibles», indique Clarisse. Un constat appuyé par Roxane: «Il faut être ouvert à la critique, avoir conscience qu’on peut exposer des personnes dans nos articles.»

Bousculer les habitudes

Les médias placent beaucoup d’espoir en ces jeunes. On leur demande d’être créatifs. Une manière de bousculer les habitudes, et de répondre aux nouvelles attentes des lecteurs. «J’ai l’impression que Le Temps cherche à engager des personnes capables d’innover, de sortir des sujets traditionnels», estime Clarisse. Une inventivité qui va de pair avec une polyvalence toujours plus grande. «On doit savoir tout faire. C’est une contrainte mais ça permet aussi d’avoir une vision d’ensemble», estime Roxane, qui s’intéresse notamment au journalisme de données.

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Avec le Web, de nouveaux profils apparaissent dans les rédactions, comme des développeurs ou des vidéastes. «Il faut prendre le meilleur de chacun pour faire émerger de bonnes idées.» Ces apprentis journalistes veulent transmettre des informations de qualité aux lecteurs. «Vous pouvez aussi dire qu’on cherche un travail dans le journalisme», s’amuse Boris. Le message est passé.

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