Mieux vaut ne pas s’aventurer jusqu’au chalet de Michaël Berthoud en voiture. Car le chemin de terre en cul-de-sac qui relie une des dernières routes goudronnées des Pléiades à l’orée de la forêt est vertigineux vu d’en haut. Mais cette voie intimidante, vallonnée par des nids-de-poule, a le mérite d’annoncer d’emblée le bain de nature qui attend tout visiteur.

Depuis le début de l’année, Michaël Berthoud et sa compagne, fleuriste art-thérapeute et chanteuse, se sont installés dans cette petite maison en bas d’une pente. Lors de notre passage, un matin frais du mois de mai, l’odeur du feu de bois se mêle au parfum des branches de sapin qui sèchent sous le banc et à la vapeur de l’infusion de sauge et d’aspérule odorante qu’il vient de préparer.

Sur une étagère, des dizaines de bocaux remplis d’herbes séchées témoignent des années passées à comprendre la végétation sauvage qui couvre les sols des prairies et des forêts du pays. Dans son réfrigérateur, des limonades de sureau, des sirops de sapin et des condiments de lierre terrestre dévoilent l’étendue de ce qu’il aime en faire.

«Sauver le monde»

C’est ici que ce trentenaire diplômé en sciences de l’environnement anime désormais ses ateliers consacrés à la découverte des plantes sauvages. Il cherchait depuis longtemps à quitter la région lausannoise pour vivre au plus proche de la forêt. Là où la faune et la flore reprennent leurs droits. Là où la nuit sans pollution lumineuse est propice à l’observation des planètes et des étoiles.

Pour l’enfant très urbain et très timide qu’il dit avoir été, la vraie découverte de la nature s’est faite à travers les scouts, qu’il a suivis pendant une vingtaine d’années. «Deux semaines de camp, ça marque. C’est en rentrant de l’un d’eux que j’ai décroché pour de bon des jeux vidéo», se souvient-il. Un jour, un des chefs soigne une blessure avec du plantain fraîchement cueilli. L’adolescent de 16 ans est fasciné. Il feuillette le livre de son supérieur pendant le reste du camp, puis fonce en librairie en rentrant.

«J’ai senti l’appel des plantes ce jour-là. J’ai commencé en autodidacte dans la forêt de Romanel-sur-Lausanne. Je l’avais repérée sur la carte, parce qu’elle n’était pas loin d’un arrêt de bus et que je pouvais y aller à vélo. Je me suis mis à préparer des recettes pour mes parents. Puis j’ai étudié à l’Université de Lausanne. J’avais un côté idéaliste, j’espérais sauver le monde: on était en plein débat entre sceptiques et convaincus du changement climatique», détaille-t-il.

Passionné d’astronomie depuis ses 8 ans, mais aussi par les oiseaux et la photographie amateur, il trouve dans ce cursus la possibilité de couvrir tous ces sujets tout en se spécialisant dans le domaine de l’étude du sol et de la végétation. Observateur tantôt contemplatif, tantôt hyperactif, il peut depuis rester des heures à s’émerveiller face à un insecte, des chamois, des oiseaux. «Je ne me sens jamais seul dans la nature. J’ai voyagé neuf mois à vélo, d’Ushuaïa au Pérou, en passant par l’Uruguay d’où ma mère est originaire. Même à travers des plaines parfois désertes, où le vivant est moins visible, il y a toujours quelque chose à percevoir», relève-t-il.

En rentrant de voyage, son master en poche, il est souvent mandaté pour animer des stages dans des centres nature, tels que La Maison de la rivière à Tolochenaz (VD) et se met à organiser des balades et des cours sur les plantes sauvages comestibles. Le succès est au rendez-vous, l’intérêt pour le sujet grandissant au fur et à mesure du besoin collectif de reconnexion à la nature.

Avec Anne-Sophie Pic

Il crée le site Cueilleurs-sauvages.ch en 2016 et décide de s’y consacrer à plein temps. «J’aide les participants à reconnaître les classiques, à les différencier des plantes toxiques en vulgarisant le plus possible le savoir botaniste que j’ai emmagasiné. Je donne aussi beaucoup de recettes, celles que j’ai développées seul et les idées des chefs avec lesquels je collabore, comme Rafael Rodriguez de l’Abbaye de Montheron et Anne-Sophie Pic du Beau-Rivage Palace Lausanne.»

C’est cette dernière qui vient d’écrire la préface du premier recueil de l’environnementaliste, 54 plantes sauvages comestibles de Suisse romande et de France voisine (Ed. Attinger). Grâce à lui, elle a approfondi ses connaissances sur les plantes sauvages de plus en plus présentes dans sa cuisine. «Désormais mes balades ont une tout autre saveur, note la chef étoilée. Je cueille et sèche désormais le fruit de mes cueillettes, notamment le mélilot, la berce ou la reine-des-prés, le carvi… Se promener en conscience et se laisser appeler par la nature sont un véritable délice auquel Michaël sait initier les gens.»

Loin de vouloir faire de grands discours sur les bienfaits des bains de forêt et autres considérations magiques ou énergétiques, il considère que les plantes sauvages constituent des prétextes à être dans la nature. «Simplement être là, s’ouvrir, cela me suffit, conclut-il. Souvent, après, les choses se passent. Ce que je veux transmettre à travers les plantes, leur potentiel et leur utilité, c’est la recherche de la beauté de la nature, l’envie de la préserver.»


Profil

1988 Naissance.

1996 Débute chez les scouts.

2013 Master en sciences de l’environnement.

2016 Création du site Cueilleurs-sauvages.ch

2021 Parution de son premier livre.


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