Michel Fourniret reste le maître du jeu. Après un mois et demi de procès, le tueur en série des Ardennes, qui a assassiné huit femmes et jeunes filles entre 1987 et 2001, continue de dominer son auditoire en alternant mutisme obstiné et promesse de parler enfin. Après avoir craqué face à ses proches, la semaine dernière, il a annoncé des déclarations pour les audiences de ce jeudi et de vendredi. Mais nul ne sait si elles éclaireront le déroulement de ses crimes, ou les secrets de son inquiétante personnalité.

Larmes de crocodile

A l'ouverture du procès, le 27 mars à Charleville-Mézières, Michel Fourniret avait exigé la sortie du public et des médias, sans quoi il resterait «bouche cousue». Les familles des victimes ont refusé. Pendant six semaines, l'ancien mécanicien aux lunettes de métal et à la barbiche grise, âgé de 66 ans, a gardé le silence.

Le procès apporte donc peu de révélations. Michel Fourniret nie être l'auteur des meurtres non élucidés de Joanna Parrish et de Marie-Angèle Domèce. Les parents de celles qu'il a effectivement tuées expriment leur souffrance, leur colère parfois: «J'ai tant de haine pour vous que, si la vie me le permet, j'irai cracher sur votre tombe», lui lance Jean-Pierre Saison, dont la fille Céline est morte étranglée en 2000. La semaine dernière, le monstre froid laisse percer une bribe d'humanité. Il ne s'excuse pas - «on ne demande pas pardon, dit-il, pour ce qui n'est pas pardonnable» - mais les témoignages de son ex-femme et de sa fille le font «pleurer comme un veau», raconte le journaliste Alain Hamon, pour qui «ce n'étaient pas des larmes de crocodile».

Manipulation

Pourtant, même s'il s'attendrit, Michel Fourniret reste un manipulateur patenté. Le 7 mai, il s'adresse à sa seconde épouse, Nicole: «Si tu m'en donnes l'ordre, je parlerai.» Elle répond alors: «Je t'en donne l'ordre.» La spontanéité de cet échange semble limitée: selon Alain Hamon, Michel Fourniret avait tout préparé, en chargeant ses avocats, bien avant le procès, de demander à sa famille de lui intimer l'ordre de parler.

La veille, son frère André, 78 ans, avait tenté d'expliquer la dérive criminelle de son cadet. Il ne croit pas à la relation incestueuse qui, selon certains experts, pourrait être à l'origine de sa perversion. Lui voit plutôt en Michel Fourniret un «intellectuel raté» qui voulait «dominer le monde»: «Il aurait pu faire de la politique, mais n'en avait pas les moyens. Son moyen, ça a été de dominer une personne à qui il pouvait faire jouer un jeu.»

Sa troisième épouse, Monique Olivier, accusée de complicité dans cinq meurtres, lui aurait permis de «libérer ses pulsions»: «En tuant devant quelqu'un, il a pu montrer sa puissance», estime André Fourniret. Pour l'instant, Monique Olivier se pose en femme soumise, qui n'a jamais su dire non à un homme et a assisté passivement aux meurtres. Mais Michel Fourniret, qui lui reproche d'affabuler, pourrait très vite se retourner contre elle: «Ça commence à faire beaucoup, madame!» lui a-t-il lancé mardi, alors qu'elle évoquait ses prétendus fantasmes échangistes.

Sur le fond, Michel Fourniret n'a pas changé. Devant la victime d'un viol qu'il a commis dans les années 1980, il a eu cette tournure un peu fleur bleue: «M'autorisez-vous à parler des moments que nous avons partagés?» Selon Dahina Le Guennan, une autre rescapée de cette période, «il a besoin de créer une relation affective avec sa victime, peut-être pour se disculper». Il reste aussi adepte de phrases compliquées: «Rien ne me saute aux yeux qui fasse ressortir une urgence telle qu'il faille que je me torture les méninges», a-t-il répondu alors qu'on le priait de préciser certains faits. Parmi ceux qui assistent au procès, beaucoup redoutent les révélations promises par Michel Fourniret. «S'il commence à développer tout ce qui s'est passé, ça peut devenir odieux, insupportable», estime une personne qui a suivi les débats. Le verdict devrait tomber à la fin du mois.