Portrait

Michela Bovolenta, la cause des femmes

La syndicaliste est l’une des coordinatrices de la grève des femmes organisée le 14 juin prochain

C’est un peu comme un jeu de pistes semé d’indices. En face de la maison où travaille Michela Bovolenta à Lausanne, le foyer féminin de l’Armée du salut. Dans le couloir qui mène à son bureau, une affiche mettant en scène une femme avec un haut-parleur. Sur la porte, des tracts féministes. A l’intérieur, des autocollants pour le congé maternité ou contre l’augmentation de l’âge de la retraite, des badges, des dessins et des posters défendant les droits des femmes et ceux des migrants. Bienvenue dans l’antre d’une militante.

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La Tessinoise Michela Bovolenta est l’une des coordinatrices de la grève des femmes organisée le 14 juin prochain et dont le manifeste a été publié mi-janvier. L’événement se veut national mais porté par des collectifs cantonaux, communaux et parfois même de quartier. A cet égard, la porte-parole aurait préféré une interview collégiale. «Nous sommes plusieurs centaines à nous engager pour organiser cette journée, des femmes de toutes les générations avec leurs préoccupations. Nous tenons beaucoup à ce côté mouvant et diversifié», plaide la Lausannoise, agissant en tant que responsable de l’égalité et des droits des femmes au Syndicat des services publics (SSP). Des univers épars pour une revendication commune: faire avancer les choses.

Revendications multiples

«Cela fait des années que nous constatons les discriminations, que nous manifestons pour l’égalité, et que nous proposons des mesures sans que rien ne bouge vraiment. Il faut faire un pas de plus et c’est pour cela que nous avons choisi la grève», argue Michela Boloventa, derrière des lunettes turquoise assorties à son pull et à ses boucles d’oreilles. Le débrayage permettra aussi de rendre visible le travail des femmes, moins rémunéré et moins valorisé que celui des hommes quand il s’exerce dans un cadre professionnel, oublié lorsqu’il s’agit de la sphère privée. «Deux tiers des tâches domestiques sont assurées par les femmes, or cela n’est pas pris en considération. Pourtant, il y a des conséquences, comme le temps partiel répandu à plus de 80% chez les mères de jeunes enfants», note la syndicaliste avec un charmant petit accent.

Le 14 juin 2019, toutes les femmes de Suisse sont donc appelées à se joindre au mouvement, en fonction de leurs moyens. Certaines ne se rendront pas dans leur entreprise, d’autres ne feront pas la cuisine, d’autres encore préféreront s’asseoir cinq minutes plutôt que de passer le balai. A l’enjeu des inégalités salariales et des différences de charge de travail s’ajoutent des revendications portant sur le corps, la sexualité, l’identité de genre, les violences ou encore la visibilité des femmes artistes. «Parce que tout est lié et que tout cela revient à maintenir les femmes dans des positions de subordonnées», estime Michela Bovolenta. Le grand débrayage du 14 juin 1991 en Suisse fut son premier engagement féministe, alors étudiante en sciences politiques à Lausanne. Elle en garde le souvenir ému d’une transmission de la lutte et de son histoire entre générations. Elle lui impute les avancées des années suivantes, à commencer par l’obtention d’un congé maternité.

«Engagement sans limite»

Michela Bovolenta a grandi à Tenero, au Tessin, dans les logements ouvriers de l’usine de papier qui engageait les immigrés italiens. Son père était l’un d’eux. Sa mère, l’une des premières Suissesses titulaires d’un CFC de vendeuse, est restée au foyer comme la majorité des femmes à l’époque. Pendant longtemps, ni l’un ni l’autre n’ont eu le droit de vote, pour des raisons différentes. «Ma famille n’était pas militante, mais elle était sensible à la chose politique. Et du moment que ma mère a pu voter, elle l’a fait avec entrain», relève celle qui s’est rêvée journaliste avant d’entrer au SSP par goût de l’action et du collectif. «On délègue beaucoup dans nos démocraties. Le syndicalisme permet de prendre les choses en main. On considère le problème et on cherche une solution ensemble; c’est stimulant.»

Ma famille n’était pas militante, mais elle était sensible à la chose politique. Et du moment que ma mère a pu voter, elle l’a fait avec entrain

Michela Bovolenta 

Maria Pedrosa, collègue au syndicat et dans le collectif pour la grève, salue l’énergie de Michela Bovolenta. «Son engagement est sans limite. Elle est de toutes les manifs, tous les combats; un jour à Fribourg pour les femmes migrantes, un autre à Genève pour la caisse de pension des employés de la ville ou pour les salariés de Swissport… Elle croit profondément dans le pouvoir de l’action collective, même si elle passe du temps à faire des recherches statistiques ou juridiques pour appuyer une revendication. Si elle s’investit sur de nombreux terrains, sa grande cause reste celle des femmes.» 

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Michela Boloventa ne sait pas exactement à quand remonte sa prise de conscience féministe. Elle se souvient des discussions des femmes du quartier lorsqu’elle était enfant, il y était question d’abus sexuels ou de prise de la pilule réprouvée par l’Eglise. Elle se souvient que sa mère et ses amies dépendaient économiquement de leurs époux. «J’ai toujours eu l’impression que les femmes vivaient des discriminations que les hommes ne vivaient pas», commente-t-elle sobrement. Mère de deux garçons de 17 et 11 ans, épaulée par un mari qui partage son engagement, Michela Bovolenta essaie de transmettre ces valeurs à ses enfants. «Il est trop tôt pour savoir si j’ai réussi», glisse-t-elle dans un sourire.


Profil

1968 Naissance au Tessin.

1990 Diplômée en sciences politiques à Lausanne.

1991 Mobilisation pour la première grève des femmes.

2003 Secrétaire centrale pour l’égalité et les droits des femmes au SSP.

2019 Co-coordonne la grève des femmes du 14 juin.


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