Rien pour la Suisse. Lors de la cérémonie, mercredi, de commémoration de la catastrophe aérienne survenue il y a une année dans le ciel de la ville allemande d'Uberlingen, le premier ministre de la République autonome du Bachkortostan, Rafael Baydavletov, n'a même pas mentionné la présence de Micheline Calmy-Rey dans le Kursaal de la cité balnéaire. Il s'est étendu en remerciements multiples destinés aux autorités allemandes, à celles du Land de Baden-Würtenberg, ainsi qu'aux populations de la région sinistrée par la chute des deux avions, survenue le 1er juillet 2002.

Même musique pour le représentant du comité bachkortostanais des victimes du crash, Sulfat N. Chammatow, qui a distribué des vases artisanaux en guise de remerciements aux bénévoles et sauveteurs qui ont travaillé sur les lieux de l'accident, ainsi qu'aux représentants des autorités locales et fédérales, mais s'est bien abstenu de faire allusion à la présence de la Suisse ce jour-ci. Micheline Calmy-Rey a donc tenu un bref discours dans une ambiance tendue.

Mardi soir, plusieurs centaines de personnes ont honoré les victimes de la collision aérienne d'Uberlingen lors d'une marche silencieuse. La procession s'est rendue sur le site où sont tombés les deux appareils.

Excuses demandées

Mais c'est mercredi matin que de lourds reproches ont été formulés contre les autorités suisses et Skyguide. «Nous attendions au moins que les gouvernements suisse et allemand et Skyguide s'excusent», a déclaré Julia Fedotova, mère d'une victime. Passablement remontée, elle a encore déclaré que «Des excuses ne signifiaient pas qu'ils reconnaissaient une quelconque responsabilité, mais qu'ils se comportaient comme les représentants d'un monde civilisé.» Les familles des victimes demandent maintenant que les responsables soient désignés et punis. Les disputes juridiques autour de la question des responsabilités les met en colère: elles ne comprennent pas que les autorités se retranchent derrière le fait que l'espace aérien où a eu lieu la collision ne tombe sous aucune juridiction. «Nos enfants ont été les victimes de cette zone extraterritoriale», a encore dénoncé Julia Fedotova.

Pourtant, la société suisse de contrôle aérien Skyguide déclare avoir invité les 140 proches des victimes à suivre le service religieux qui a lieu jeudi à Zurich et est fixé depuis avril déjà. Elle leur proposait de venir les chercher en car à Uberlingen et de leur faire visiter Zurich. Les familles ont refusé et se sont déclarées «indignées par le programme de divertissement» organisé par Skyguide. Skyguide désire établir un rapport avec les familles «sur le plan humain». La compagnie a déclaré mercredi ne pas tenir rigueur aux familles des accusations formulées mercredi à son égard. Elles sont, selon elle d'une part «très mal informées par leurs avocats» et d'autre part, «aveuglées par la douleur».