Sur son avant-bras gauche, elle s’est fait tatouer une chenille. On reconnaît Absolem, d’Alice au pays des merveilles. Quand elle a vu l’adaptation du classique de Lewis Carroll réalisée par Tim Burton, elle s’est reconnue dans ce que cette larve philosophe dit à Alice: ce n’est pas parce que tu as changé que tu n’es plus toi-même. Sur son bras droit, outre Amy Winehouse, qu’elle a interprétée dans le cadre de du télé-crochet alémanique Music Star, elle arbore un papillon, «parce que tout change». Et aussi une horloge, qui indique l’heure de sa naissance. «Ça me rappelle que tout ce que je fais, je dois le faire pour moi. Car depuis que je suis née, chaque seconde me rapproche de ma mort, tic tac, tic tac… Je ne dois pas gaspiller le temps avec les gens qui me rejettent ou ne me respectent pas.»

A 35 ans, Michelle Halbheer dégage quelque chose d’assez étrange, un mélange de force et de fragilité. Elle sait d’où elle vient et où elle veut aller, mais la dureté de son enfance a forcément laissé des stigmates, malgré un travail de résilience constant. La jeune femme a grandi au côté d’une mère toxicomane qui a plusieurs fois frôlé la mort. Pendant longtemps, elle a cru pouvoir l’aider, la sauver. Jusqu’à ce qu’elle prenne conscience de la nécessité de penser d’abord à elle. Son histoire, elle l’a racontée dans un récit autobiographique devenu un best-seller, Platzspitzbaby, publié en allemand en 2013. Le livre est aujourd’hui disponible en français, sous le titre Les Enfants du Platzspitz, à l’occasion de la sortie de son adaptation par le cinéaste romand Pierre Monnard.