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Les Mii, des avatars rigolos que la Suisse attend de pied ferme.

Réseaux sociaux

Miitomo, Nintendo est en moi

Le géant japonais, un temps léthargique, lance sa première app pour smartphone. Plus proche de Facebook que de Zelda, le résultat promet sa dose de convivialité et de dérision décomplexée

Le petit personnage regarde en souriant à travers l’écran du smartphone. «Hé, bonjour! Comment est-ce que vous êtes entré? Oh, vous êtes moi! Ou alors je suis vous – même chose…» Il secoue sa tête exagérément ronde, fait quelques mouvements dans sa chambre aux tapisseries vertes et aux rideaux turquoise. «Quoi qu’il en soit, bienvenue dans Miitomo! Quel est votre plat préféré?» Le gâteau à la banane. «Mmh! J’ai comme l’impression que je commence à vous connaître… euh, à me connaître beaucoup mieux!»

Ce mini-double à la voix étrangement robotique est un Mii, autrement dit un avatar personnalisé évoluant dans le premier jeu lancé sur smartphone par Nintendo. Plus proche de Facebook ou Snapchat que de Zelda ou Mario, mignon et convivial, laissant ouverte la porte à la dérision et au second degré, Miitomo a déjà séduit dix millions d’utilisateurs depuis son lancement il y a un peu plus d’un mois.

Le principe est aussi frivole qu’addictif: partager avec ses amis les réponses à des questions du type «Que faites-vous pour évacuer votre stress?», «Que feriez-vous si on vous donnait 10 000 dollars à dépenser en un seul jour?» ou encore «Comment définiriez-vous la mode gothique?» Absurdités, déconnade et dérapages éventuels rendent l’exercice particulièrement croustillant. L’app est disponible sur Android, ainsi que sur iPhone au Japon, aux Etats-Unis et dans plusieurs pays européens. Elle devrait prochainement être rendue accessible sur l’App Store helvétique. Quand? Chez Nintendo Suisse, on promet de tout faire pour la rendre rapidement disponible, mais sans articuler de dates. Aucune raison officielle n’explique ce retard. Mais certains articulent que c’est le système de la protection des données dans notre pays qui poserait problème.

Le jeu du «je»

Nintendo à l’assaut du smartphone? Ce virage vers des plateformes tierces augure un changement de stratégie pour le géant japonais, qui a traversé jusqu’en 2014 une période de chiffres rouges, d’érosion des ventes et de relative léthargie. Mario Kart, Super Smash Brothers et autres licences de longue haleine étaient jusqu’ici réservées aux machines propres au constructeur – actuellement la Wii U et la 3DS avant l’arrivée de la nouvelle console NX en 2017. Nintendo a d’ores et déjà annoncé le lancement de Fire Emblem et Animal Crossing sur le marché des apps dès cet automne.

En attendant, Miitomo met l’arcade au repos et les manettes au frigo. L’app ne s’adresse ni aux acharnés du joystick, ni aux obsédés des jeux de rôle. Au contraire, Miitomo est un produit calibré pour un public post-ado, post-jeu vidéo, post-réseaux sociaux. Sous les couleurs espiègles et les graphismes cajoleurs, l’idée-force qui sous-tend l’app traduit l’air du temps avec une redoutable efficacité: puisque, sur le Web et ses réseaux, «Je» est forcément un «Jeu», et «Jeu» est forcément un «Autre», autant reconnaître pleinement l’indépendance de cet énième «Soi», et s’adonner ouvertement au plaisir de la distorsion et du pastiche.

Car c’est bien cela que propose Miitomo, dès les premières secondes d’utilisation. On commence par façonner son Mii sur la base d’une photo, ou d’une des nombreuses typologies préenregistrées. Tonalité de la voix, rapidité d’élocution, forme du visage, coiffure, traits de caractère: on déambule sans vergogne dans le grand supermarché de la personnalité 2.0. Reflet (déformé), miroir (déformant), le Mii clame haut et fort sa ressemblance autant que son indépendance. Durant son temps libre, le Mii se chargera de transmettre les réponses de l’utilisateur à ses contacts (que l’on peut ajouter via Facebook ou Twitter entre autres), et rapportera les leurs. Miitomo n’est évidemment pas le premier jeu à proposer d’interagir au sein d’une communauté sous le masque d’un avatar.

L’environnement de l’app, néanmoins, a ceci de particulier d’être à la fois clos (le partage des réponses n’est autorisé qu’entre ami.e.s mutuellement agréé.e.s), et non anonyme (on sait à qui correspond chaque Mii). Au vestiaire, la prestance et le maintien de circonstance sur Facebook! A la porte, les éventuels trolls qui s’invitent dans les discussions sur Twitter! L’idée de Miitomo, c’est miser sur un (faux) moi pour mieux communiquer avec ses (vrais) amis. Tenue de dalmatien, costume de poussin, bonnet de chat ou chapeau-tomate, le contexte enfantin et grotesque favorise le laisser-aller et le second degré, surtout avec des questions aussi ouvertes que «Quelle est la chose la plus bizarre que vous ayez jamais mangée?», «Que faisiez-vous il y a quelques minutes?» ou «Etes-vous plutôt fête costumée ou soirée huppée?» Dans le même esprit, l’option Miifoto permet d’intégrer son Mii à des images de sa bibliothèque, de les customiser et de les partager au sein de l’app ou par le biais d’autres services (Instagram, Twitter, etc.).

Moisson de données

Reste que, comme tout réseau social, Miitomo comporte une part de monétisation et, probablement, de récolte de données. Les nombreuses tenues, destinées à faire de votre Mii la plus fidèle expression de votre autodérision brandie, sont disponibles dans un shop où l’on paie dans une monnaie propre à l’app. Celle-ci s’accumule à force d’utilisations (encourageant donc à répondre aux questions et à ajouter de nouveaux amis), et peut aussi s’acquérir avec de l’argent sonnant et trébuchant. Certains médias se sont aussi inquiétés de l’éventuelle utilisation que Nintendo comptait faire de la masse de réponses récoltées, parfois sur des thématiques clairement liées aux habitudes de consommation («Quelle est votre série télé favorite en ce moment?», «Quelle célébrité a attiré votre attention récemment?»). L’injonction à répondre est d’autant plus forte que la question semble posée directement par l’un de vos amis, même si celui-ci porte une tenue ridicule, parle d’une voix synthétique et mesure un peu moins de quatre centimètres à l’écran.

La dimension un brin intrusive de Miitomo en refroidira sans doute certain.e.s. Mais, après tout, pour qui possède un compte Facebook, Twitter ou LinkedIn, ce genre de détails fait-il le poids face au plaisir de déblatérer des bêtises en arborant un costume de hot-dog?

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