Au début de chaque semaine, «Le Temps» propose un article autour de la psychologie et du développement personnel.

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Ils pourraient agacer, Joshua Fields Millburn et Ryan Nicodemus, avec leur succès plantureux – 20 millions de personnes sont accros à leur site internet Theminimalists.com, alors qu’ils vantent la frugalité. Mais après avoir lu Minimalisme (Ed. J’ai Lu, 2021), il faut admettre que leur idée de virer de nos vies le superflu pour ne garder que l’essentiel est bien vue.

Un trajet qu’ils ont eux-mêmes accompli. Peu avant la trentaine, ces brillants commerciaux de l’Ohio ont abandonné leur salaire à six chiffres pour «arrêter de perdre leur vie à la gagner». Le slogan ne date pas d’hier, mais il a le mérite d’être toujours d’actualité. Leur méthode? Cinq valeurs essentielles qui permettent de privilégier ce qui «rend vraiment heureux».

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La santé, les relations, les passions, l’essor personnel et la contribution. Voilà les cinq piliers du minimalisme, version Millburn et Nicodemus. En ouvrant ce petit livre à la couverture dépouillée, on pensait y trouver une méthode pour jeter chaque semaine un objet inutile. Raté. Les deux trentenaires ont bien vendu leur maison, leur voiture de luxe et des articles par milliers sur eBay, mais, question foyer, ils nous laissent libres de choisir notre manière de «dépasser le matériel». Enfin, presque. Car ils donnent tout de même de vigoureux conseils.

La santé, ce véhicule

Première valeur essentielle, la santé. Sans surprise, les auteurs prônent le combi «manger léger-bouger plus», en précisant que la santé n’est pas une «destination, mais un véhicule». Il faut partir de ce qu’on est – Joshua s’est brisé une vertèbre en jouant au basket, ado – et vivre le plus sainement possible avec ce corps limité. Attention, «être beau ou belle n’est pas le but, mais un bonus». Car qui mange sainement, dort bien, bouge un peu et médite régulièrement devient joli(e) à regarder.

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Sinon, à chacun son sport. Pour Joshua, c’est 18 minutes de pompes, tractions à la barre et squats tous les matins. Au départ, il faisait une pompe et s’écroulait. Maintenant, il aligne trois séries de 100 et rayonne. «Le secret, c’est de s’y mettre et de s’obstiner», constate le jeune homme qui a perdu 35 kilos en douceur. «Il faut traiter son corps comme notre bien le plus précieux, car c’est ce qu’il est», résume prosaïquement le duo.

Classer les relations…

Deuxième valeur essentielle? Les relations. Là, le programme devient plus surprenant. Convaincus que nos liens ne sont pas immuables, les minimalistes nous invitent à classer toutes nos interactions humaines en trois catégories (primaires, secondaires et périphériques) et en fonction des effets qu’elles ont sur nous (positif, négatif ou neutre).

«On observe que les gens passent la majeure partie de leur temps avec des relations périphériques, comme des collègues de travail, à effet neutre ou négatif. Absurde!» Le duo propose soit de «nous rapprocher de nos collègues pour les faire grader au rang primaire positif et gagner en profondeur relationnelle», soit de réduire notre temps de travail pour voir davantage les êtres importants.

… et les trier

Oui, mais l’argent? «Il faut bien que je paie mes factures est une excuse bidon!» s’exclament les minimalistes, qui livrent un plan d’économie très musclé: élaboration d’un budget mensuel détaillé, remboursement des dettes – «non, il n’y a PAS de bonnes dettes!», constitution d’un compte de sécurité pour les coups durs et réduction du train de vie. «Que vous gagniez le revenu minimum ou le jackpot, que vous soyez célibataire ou parent de six enfants, nous avons vu que ces principes fonctionnent, car c’est une question de décisions qu’on prend avec les ressources dont on dispose», garantissent les auteurs, décidément sérieux.

Pour revenir aux relations, «il faut toujours se demander si on rend les personnes heureuses et si ces personnes nous rendent heureux et nous aident à grandir». Trier si nécessaire. Le passé n’est pas important, inutile de chercher à réparer, en revanche, «écrivez ce que vous attendez de l’avenir et choisissez en fonction. Vous méritez des liens de qualité.» Le tri, il faut oser, mais on comprend le principe…

Les passions, un pilier

La troisième valeur? Les passions. «Trop de gens subissent un boulot terne en pensant que la passion est réservée à une poignée de chanceux. C’est faux! On doit tous trouver ce qui nous enthousiasme et modeler notre emploi en fonction.» Et si cette passion rapporte peu, «pas grave, car quand vous faites ce que vous aimez, vous n’avez pas besoin de dépenser des fortunes pour compenser votre frustration», argumente le duo.

Un PDG suscite toujours plus l’admiration qu’un père au foyer? «Bannissez les étiquettes. Arrêtez de penser que le travail vous définit. On est qui on est et non ce qu’on fait.» D’ailleurs, les minimalistes remplacent la fameuse question «Que faites-vous dans la vie?» par «Qu’est-ce qui vous passionne dans la vie?», moins stigmatisante.

Pas de repos pour les braves

La quatrième valeur, l’essor personnel, relève d’un état d’esprit. Il s’agit «de revoir les standards à la hausse», «de toujours s’améliorer», «de se poser sans cesse la question de la valeur ajoutée et d’éviter les commérages, toxiques». Pas de repos pour les braves!

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La cinquième valeur? La contribution, inattendue dans notre époque obsédée par son nombril. Car, oui, pour le duo, il s’agit simplement d’aider les autres. «Plus vous grandissez, plus vous devenez apte à donner de vous-même!» assurent les deux auteurs qui, de fait, n’arrêtent pas de se rendre utiles, à lire leur récit. Ils servent la soupe populaire, ont repeint l’école de leur quartier, levé des fonds pour aider les habitants défavorisés. Et comme leur site web cartonne loin à la ronde, ils ont aussi financé une école au Laos, un puits d’eau potable au Malawi, un lycée en Ouganda, un orphelinat au Honduras…

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Bien sûr, parfois, il est difficile de se lever à 8h le dimanche matin pour participer à la kermesse locale. Comme il est difficile, après une journée de travail, d’accorder une attention soutenue à sa moitié – «Accrochez-vous à chaque mot qu’elle prononce!» «Mais une fois que vous aurez pris suffisamment d’élan, vous ne voudrez plus vous arrêter de grandir», assurent les minimalistes qui, au final, voient grand.