Légèreté de l'été (5/7)

Misère et paradis des vacances pas chères

Notre chroniqueuse des lundis de l’été en est revenue, des pays où l’on exploite ceux qui sont au service de touristes au pouvoir d’achat démultiplié

Elle était très petite et très ridée. Ses pieds s’enfonçaient profondément dans le sable à cause du brasero qu’elle portrait sur son dos pour préparer des brochettes aux touristes de Ko Samui. Chaque fois que la vieille dame passait sur la plage, je commandais quelque chose et laissais un pourboire dix fois supérieur aux centimes réclamés. Le soir, j’achetais leurs stocks de fleurs aux vendeurs mineurs. «Tu casses le marché», m’avait tancée ma camarade de voyage, Européenne aisée. Depuis la Thaïlande, j’ai oublié son numéro et me suis juré de ne plus visiter un pays où le salaire moyen est très inférieur au mien. Trop d’aveuglement requis.

La valeur du dollar namibien

Mais je connais bien des gens ravis d’aller démultiplier leur pouvoir d’achat à dix heures de vol. A la rentrée, ils seront intarissables sur les valeurs non dévoyées de ceux qui leur ont massé les pieds quinze jours, ou la beauté intacte des décors. «Le dollar namibien se déprécie depuis plusieurs années face aux devises étrangères, c’est le moment d’en profiter», affirme le Lonely Planet dans son «top 10 des destinations 2017» pas chères. Se dorer la pilule dans un pays pauvre peut même gonfler d’orgueil, comme cet ex qui se vante d’avoir plongé aux Philippines. J’ignore s’il est passé par Manille et ses milliers d’enfants des rues. Il n’évoque que les nuits étoilées de l’île presque déserte sur laquelle il a bivouaqué, tel un Christophe Colomb.

«Nouveau paradis»

Moi, l’été, je colle ma serviette aux autres, souvent sur la même île grecque. Hélas, depuis la crise, les amis – architecte, cardiologue, ingénieur – que je m’y suis faits morflent. Depuis cette crise aussi, certaines de mes connaissances du reste de l’année, qui ont conservé leur beau salaire, rêvent à voix haute de potentielles affaires immobilières sur les terres de Zeus. Un pays ensoleillé en dépôt de bilan à trois heures de vol? Nouveau paradis pour certains…

Finalement, je préfère mes contemporains l’hiver, ils sont plus humains quand ils partent skier près de chez eux.


Chroniques précédentes

Publicité