Au temps pour moi

Moi Aussi Théorie

Notre chroniqueuse évoque le mouvement #Metoo, dénonçant les violences sexuelles, à lumière du livre «King Kong Théorie», de Virginie Despentes

Je me souviens d’un dîner de filles, nous avions beaucoup bu, ri et parlé de sexe. Et puis l’une a évoqué sa mésaventure avec un beau-père. Les autres ont embrayé sur leur agression. Sept filles sur dix avaient quelque chose à raconter. Nous avons constaté, atterrées, comme la statistique était haute à la table. Avant de recommencer à boire, rire, et parler de sexe, mais consenti et joyeux, car ce soir-là, aucune ne voulait se laisser abîmer par son passé.

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Quand la vague des «Moi Aussi» est arrivée, j’ai gardé mes distances. C’était derrière, pas envie de me présenter en victime. C’est pour ça que j’ai trouvé les réactions envers Christine Angot violentes. Allergique aux «clashs», je n’ai pas regardé la séquence télé, mais j’ai lu les commentaires outrés. L’auteure conspuée parce qu’elle avait contredit Sandrine Rousseau, victime d’agression sexuelle réclamant plus de parole des femmes. La première avait vécu l’inceste, décrit dans un livre chirurgical, mais avant, presque oublié. La deuxième avait pleuré, et raflé l’opinion. Pour être moins haïe ce jour-là, Christine Angot aurait visiblement dû rafraîchir les mémoires et clamer «Moi Aussi». Dans King Kong Théorie, Virginie Despentes, victime de viol à 17 ans, dénonce les attentes sociales envers une femme agressée, censée afficher une série de marques visibles: larmes, dégoût du sexe, peur des hommes, de la nuit. Elle dit préférer se relever, pour que ses agresseurs ne gagnent pas tout.

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J’en ai parlé à une collègue féministe. On se connaît peu, elle est pudique. Elle m’a étonnée en répondant avoir balancé «Moi Aussi» sur les réseaux sociaux, pour montrer l’étendue du problème. C’est dire comme on sait qu’il arrive des choses aux femmes: j’étais surprise de sa participation, pas de son histoire. Alors j’ai relu King Kong Théorie. Amusant que la mémoire soit si sélective. Oui, Virginie Despentes soutient qu’il faut s’en remettre, mais en parler aussi, pour refuser le déni. D’ailleurs les milliers de «Moi Aussi» se transforment maintenant en plaintes devant les tribunaux, pour que les agresseurs ne gagnent pas tout. Finalement, chacune ne fait que ce qu’elle peut avec son agression sexuelle, viol, inceste, harcèlement… Moi aussi.

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