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L'AJAR
© Pierre-Yves Massot / realeyes.ch

Chronique littéraire

Le monde selon l'AJAR: les amants de l'horlogère

Pour chaque édition de T, le collectif de jeunes auteur-e-s AJAR imagine une actualité. En exclusivité, il nous apprend qu’un quatrième automate Jaquet-Droz a été retrouvé dans les Moulins souterrains du Col-des-Roches

L’Ecrivain, le Dessinateur, la Musicienne. On connaissait l’existence des trois célèbres automates nés de l’ingéniosité des horlogers Jaquet-Droz, père et fils, et de leur comparse Jean-Frédéric Leschot. On a pu retracer les mystères de leur fabrication dans la pénombre d’un atelier chaux-de-fonnier et décortiquer leur minutieuse mécanique. On ignorait pourtant que ces trois automates, conçus entre 1768 et 1774 dans le but d’amuser les plus grandes cours d’Europe, avaient été privés d’une sœur, retrouvée mardi dans les profondeurs des Moulins souterrains du Col-de-Roches (NE).

C’est une classe de l’école secondaire du Locle qui, lors d’une visite de la grotte et de ses installations hydrauliques datant du XVIe siècle, a aperçu l’automate au fond d’une brèche. Cette dernière n’est ni la Sculptrice ni la Danseuse attendue. Il s’agirait plutôt du double égérique de ses concepteurs: l’Horlogère. Une loupe sur l’œil gauche, le visage penché au-dessus d’un établi, l’androïde actionne délicatement une pincette. De longs cils encadrent un regard vif. La trentaine d’engrenages différents, complétés par deux mouvements probablement inédits, permettent à l’artisane d’effectuer trois réparations sur des montres endommagées.

Les traces d'une liaison

«Le mécanisme est tout simplement exceptionnel, s’enthousiasme Ludivine Montandon, restauratrice du Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel. Plusieurs centaines de pièces ont été assemblées dans le buste de tilleul, c’est une véritable prouesse technique, même en regard de ce qui se fait aujourd’hui!» Mais la surprenante découverte en cachait une autre, plus embarrassante. En remplaçant la pincette par un ciseau très fin, et en faisant effectuer à l’Horlogère les mouvements en sens inverse, la restauratrice a constaté que l’automate reproduisait de minuscules gravures. Agrandies, celles-ci révèlent les figures de deux hommes dans des positions plus qu’équivoques.

Cette révélation réjouit Michel Doun, directeur du MAHN, qui confie: «Les gravures encapsulées dans les engrenages suggèrent ce que l’on soupçonnait déjà: Jaquet Droz fils et Leschot entretenaient probablement une liaison. Le fait que cet automate n’ait jamais été dévoilé laisse penser que JD père a voulu faire acte de censure.» Thèse battue en brèche par un groupe de doctorants de l’Université de Fribourg pour qui «l’Horlogère ne saurait être autre chose qu’un faux, élaboré dans le seul but d’attirer le public dans un musée déserté.»

Si les mystères entourant l’Horlogère restent encore à éclaircir, l’androïde rejoindra dès le mois prochain ses trois semblables dans les salles du MAHN, où des démonstrations ont lieu tous les premiers dimanches du mois. Elle se limitera, dans un premier temps, à réparer des montres gousset. Plusieurs collections privées ont déjà manifesté leur désir d’acquérir les gravures des deux amants horlogers, unis dorénavant pour l’éternité.


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