Satisfaits de leur université d’été, François et Martine voulurent encore améliorer leurs connaissances en matière d’énergie renouvelable. — «La France doit réussir la transition énergétique», déclara solennellement François qui venait de lire tous les ouvrages de Robert Bell. Fidèle à sa bonne humeur, il trouva la formule qui faisait mouche du coche; — en homme de synthèse, il adorait concentrer les expressions populaires. Il dit:

— «Grâce à nous, Martine, la France n’aura plus de pétrole mais elle aura des idées!»

Ils rirent de bon cœur. En humour, ils n’étaient pas difficiles.

— «Rien n’est plus beau que d’apprendre!», s’enthousiasma Martine, «c’est pour ça que j’augmenterai le budget de la Culture de 30 à 50% !»

François la crut folle. — «Pour faire encore plus d’intermittents? Non, c’est l’école qu’il faut améliorer!» objecta François. «Je veux ouvrir 60000 postes dans l’Education nationale!» Martine se redressa comme piquée par un frelon: — «Avec quel argent? De toute manière, ça ne marchera jamais. Je le sais! J’ai été numéro deux du gouvernement, maire d’une grande ville, j’ai beaucoup appris des ingénieurs de Péchiney, j’ai été deux fois ministre!»

Sa poitrine se souleva comme si elle était chargée de médailles.

— «Et moi, j’ai gagné tous les mandats que j’ai conquis!»

— «Ahahah, tu n’es capable que de tautologie», lança Martine qui profita de son avantage:

— «Pour battre la droite dure, il ne faut pas une gauche molle!»

Et elle lui annonça qu’elle supprimerait 10 milliards de niches fiscales, baisserait de 20 % l’impôt sur les sociétés qui réinvestissent et augmenterait de 40 % celles qui privilégient les dividendes.

Martine mangea deux carrés de chocolat, — et elle tendit la plaque à François, dont elle connaissait la gourmandise. Il refusa. Il se trouva admirable.

— «Moi, je promets une réforme fiscale ample», rétorqua François, «consistant à imposer le même barème à tous les revenus, ceux du travail comme ceux du capital.» Il sourit en voyant Martine avaler de travers. — « Et moi», surenchérit Martine, «je lance un plan d’action pour l’emploi des jeunes, financé par la suppression de la défiscalisation des heures supplémentaires.» François enchaîna avec son contrat de génération, qui prévoit des dispenses de charges sociales pour les entreprises embauchant un jeune tout un gardant un senior.

— «A propos de senior, tu fais quoi finalement avec les retraites?» François baissa les yeux. On l’avait déjà piégé avec cette question. — «Ne sois pas agressive, Martine, ce n’est pas moi l’ennemi, c’est Sarkozy.»

— « A bas Sarkozy», lancèrent-ils d’une même voix. Ils étaient à nouveau soudés comme les deux jumeaux héritiers de Jacques Delors. Ce soir-là, ils se promirent de ne faire qu’un ; — et se chamaillèrent gentiment pour savoir s’ils deviendraient Monsieur et Madame Aubryland ou Monsieur et Madame Hollaubry.

Le lendemain, François repartit en campagne. Il avait déjà fait la Corrèze, le nord, le sud, les usines, les écoles, les pâtisseries et les EMS; – et à chaque fois sa cote de popularité grimpait.

Martine s’en retourna fièrement rue Solferino. Elle serait la patronne des premières primaires socialistes de l’histoire de France!

Trois semaines plus tard, ils étaient prêts; - et leur image avait beaucoup changé. François avait perdu son embonpoint de notable et s’était refait des cheveux de jeune – il s’inspira de la métamorphose de Ségolène en 2007. Désormais, il levait l’index quand il parlait – il avait observé ce geste chez Barack Obama. Il avait aussi visionné beaucoup de cassettes de son maître et avait adopté des accents mitterrandiens; — dans le glissando surtout.

Martine, elle, avait dû remplacer au pied levé son ami DSK, — retenu pour une durée indéterminée aux Etats-Unis. Elle n’avait pas eu le temps de refaire sa garde-robe mais avait appris à être plus décontractée. Sur les plateaux de télévision, elle répétait qu’elle était une bonne vivante. «Une femme comme tout le monde!»Jaloux de cette belle phrase, François avait trouvé mieux: «Je serai un président normal!»

Au soir du 9 octobre 2011, on apprit que François avait remporté le premier tour.

Il était content et ses joues s’empourprèrent; — comme chaque fois sous le coup de l’émotion. Plus de deux millions de Français s’étaient déplacés; — si bien que pour beaucoup la présidentielle avait déjà eu lieu. Cet engouement stupéfia les médias et découragea l’UMP; — qui trouvait injuste que l’on prit autant de plaisir à suivre le spectacle d’élections pour beurre alors que leur président courait dans tous les sens.

François, Martine, Ségolène, Jack, Laurent, Benoît, tous étaient conscients de vivre une grande expérience de démocratie. Pour symboliser ce moment de grâce, ils prirent chacun une rose; Ségolène se piqua. Elle pleura – et personne ne sut si c’était à cause de la rose ou de sa contre-performance.

Martine arriva deuxième. Mais la surprise vint d’Arnaud Montebourg, chantre de la démondialisation. Fier de son succès, le jeune avocat avait dit qu’il allait écrire aux deux impétrants pour savoir ce qui les distinguait vraiment. Le mot «impétrant» impressionna les militants.

— «Il m’énerve le chevalier blanc!» dit François.

— «N’est-ce pas lui qui avait dit que le pire défaut de Ségolène était son compagnon?»

François fit mine de ne point relever la rosserie. Il se devait d’être au-dessus de la mêlée; — ne serait-il pas bientôt président?

Le 16 octobre 2011, les médias annoncèrent la victoire de François. Enhardi par son score: — «C’est le rêve français que je veux réenchanter!» On cria «François président!»; - il fit le modeste. La soirée se termina par un bal. Tous les gens qui passaient devant Solferino étaient invités à la fête.

L’euphorie ne dura pas. Quelques jours après son intronisation, François fut attaqué par les Verts; — et surtout par Eva Joly, une Norvégienne qui «à peine descendu de son Drakkar» somma François de préciser sa position sur le nucléaire.

— « Il faut s’en défaire, à terme». François était content de sa réplique. Elle faisait responsable.

Là s’arrête le manuscrit …. Nous publions un extrait du plan qui indique la fin de l’aventure.

L’Europe va de plus en plus mal. François baisse dans les sondages. Il veut tellement rassembler qu’il change d’argument chaque jour. Sous l’effet du stress et des quolibets, il reprend ses kilos perdus. François médite cette phrase: «vanitas vanitatum, omnia vanitas». Il se dit qu’il va se remettre au latin; — il en aura besoin en 2017.