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A l’origine, Go Topless a été lancée en 2007 par le controversé mouvement raëlien. 
© EDUARDO MUNOZ

Société

Montrer ses seins au nom de l’égalité

Le 26 août était organisée la journée internationale Go Topless, qui revendique le droit pour les femmes d’être seins nus là où les hommes peuvent dévoiler leur torse. En Suisse, c’est à Genève qu’une poignée de militants ont défilé pour l’égalité des sexes

Samedi 26 août à Genève, la poitrine s’est dévoilée et la parole s’est libérée. A l’occasion de la dixième journée internationale Go Topless, une vingtaine de militants se sont rassemblés sur le quai Gustave-Ador en début d’après-midi pour revendiquer le droit des femmes à être seins nus là où les hommes peuvent se montrer torse nu. Basée aux Etats-Unis, l’organisation du même nom a surtout pris de l’ampleur outre-Atlantique.

A l’origine, Go Topless a été lancée en 2007 par le controversé mouvement raëlien. Depuis, elle prend place annuellement, principalement en Occident, et se dit ouverte à toute personne intéressée, quelle que soit sa croyance ou sa nationalité.

A Genève, Lucie, elle-même raëlienne, a organisé la manifestation de sa propre initiative. «C’est une action féminine, explique-t-elle. Nous revendiquons le même droit que les hommes mais tout en conservant notre féminité.» En défilant sur près d’un kilomètre aller-retour, le petit comité dénonce l’hypocrisie du double standard, distribution de flyers et explications dans un mégaphone à l’appui. Sur leur passage, les témoins discutent entre eux, saluent l’action, rient ou désapprouvent.

Tenue correcte exigée

«Notre cause peut paraître futile, mais ce sont souvent les petits combats qui font les révolutions. Elle touche au droit pour les femmes de réinvestir l’espace, de disposer de leur corps comme elles l’entendent, sans en avoir honte et sans être jugées», affirme la porte-parole, au côté de qui les quelques hommes présents portent des soutiens-gorge, «par solidarité».

Contrastant ironiquement avec ce discours, la censure imposée par la Ville la déçoit. «Les autorités nous ont demandé de défiler vêtues afin de ne pas choquer certaines sensibilités. Sans définition claire sur l’habillement approprié, nous utilisons des stickers pour cacher le bout des seins.»

Au quotidien, des actes individuels peuvent faire avancer la cause, mais il faut du courage

Go Topless ne vise pas uniquement l’exécution des lois, mais surtout les mœurs. «Notre action peut également résonner chez les mères qui n’osent pas forcément allaiter en public», ajoute-t-elle. Elle ne craint d’ailleurs pas que sa tenue choque les enfants. «C’est une question d’éducation. Les femmes allaitent naturellement leur bébé. Il n’y a pas de raison qu’on leur apprenne qu’un sein doit scandaliser ou dégoûter.»

Consciente qu’un changement dans les mentalités ne s’effectuera pas du jour au lendemain, la coordinatrice genevoise pense qu’il faut du temps et de nouvelles habitudes. «Notre société est basée sur des valeurs de dominance patriarcale malsaines dans laquelle la répression crée l’obsession. Au quotidien, des actes individuels peuvent faire avancer la cause, mais il faut du courage. Quand une personne ose, les autres aussi.»

Zone légale grise

En Suisse, le Code pénal punit l’exhibitionnisme à caractère sexuel. Pour ce qui est du décolleté dévoilé aux yeux de tous, aucun article n’y fait explicitement référence. «La loi n’est pas claire, dénonce Lucie. La Suisse a ratifié l’égalité des droits, mais ne l’applique pas dans les faits. Nous voulons corriger cela.»

En l’absence d’un cadre fédéral détaillé, ce sont des règlements municipaux qui interdisent tout habillement contraire aux bonnes mœurs. «Si des policiers croisent un individu torse nu au centre-ville, ils lui signaleront que la tenue n’est pas adéquate et lui demanderont de passer un haut, précise Sébastien Jost, chargé de communication à la police lausannoise. Par contre, si les autorités interviennent après que des personnes se sont plaintes d’un individu torse nu et que celui-ci adopte un comportement qui les choque, il sera dénoncé à la commission de police. Ces cas sont néanmoins très rares.»

La décence, une notion floue

Il s’agit pourtant d’un même règlement municipal qui s’applique au centre-ville, à la plage ou dans les parcs. Le contexte varie, les sensibilités aussi et cela mène à des interprétations auxquelles le sein doit se plier. Ce qui ne change pas, c’est que la loi part du principe que la nudité, même partielle, peut choquer autrui pour des raisons de décence.

Une notion vague, selon Go Topless. «On ne peut en aucun cas invoquer l’indécence pour déroger à l’égalité des sexes, estime Lucie. La poitrine féminine ne doit plus être constamment sexualisée et le torse masculin peut aussi être érotique. Le plus important est de respecter le choix et le corps de l’autre.»

Normes variables

«Historiquement et socialement, l’habillement des femmes a toujours fait l’objet d’une régulation sociale», explique Eléonore Lépinard, professeure en études genre à l’Université de Lausanne. La poitrine, un attribut sexuel? «Il s’agit d’une construction sociale, mais cela ne signifie pas que ce ne soit pas fortement ancré dans les mœurs. Et surtout, cette perception dépend des cultures.» Un glissement de normes quant à l’acceptabilité du torse féminin est donc possible. «La décence étant une notion floue, il est intéressant de se demander s’il serait envisageable d’étendre les espaces où la nudité est acceptable à d’autres contextes.»

Sans totalement contester le potentiel subversif de Go Topless, la sociologue nuance. «Leur revendication juridique égalitariste a une portée relativement restreinte et ne peut pas être comparée aux grands mouvements féministes dont le discours sur le double standard est davantage construit.»

Le téton en question

D’autres actions utilisent la nudité pour dénoncer les normes inégalitaires, à l’instar des Femen, qui créent la polémique depuis leur naissance en 2008. La campagne mondiale Free the Nipple – littéralement «libérer le téton» – existe quant à elle depuis 2012 et résonne particulièrement sur les réseaux sociaux. Portée par un hashtag et des célébrités, elle montre que le bout des seins reste le réel objet du tabou.

Le sujet divise fortement l’opinion et figure parmi ces débats qui semblent ne jamais se clore. En attendant la prochaine édition de la journée Go Topless, Lucie espère que les Suisses oseront défendre une vision apaisée de la poitrine féminine. 

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