«Ma mère est Suisse, mon père Egyptien et ni l'un ni l'autre ne font le ramadan. Moi, j'ai commencé vers 8-9 ans, surtout pour être comme les copains. C'est aussi un motif de fierté: tout le monde te félicite, tu es un grand garçon. Parfois, c'était dur: c'était l'été, il faisait 40 degrés, je rentrais du foot les lèvres sèches, j'avais encore deux heures à attendre et j'entendais, dans la cuisine, le bruit des glaçons dans le verre de limonade de mes parents…

Au début, tu ne sais pas jusqu'où ton corps peut aller, tu crois que tu vas mourir à chaque heure. Maintenant, je me connais: quand ma mâchoire s'engourdit et que monte une sensation de chaleur, je sais que je ne peux pas être plus mal. Il faut être motivé, c'est sûr. Mais le ramadan, c'est aussi la fête. Tous les soirs, on voit les amis, on fait de bonnes bouffes, on fume le narguilé en regardant la TV parce que c'est à ce moment-là qu'il y a les meilleurs programmes. On se fait des virées jusqu'à 4-5 heures du matin, pour un adolescent, c'est magique. Bien sûr, on peut aussi faire la fête sans jeûner, personne ne va te contrôler, mais le plaisir n'est pas le même si tu triches.

Peu à peu, j'ai appris à apprécier aussi l'aspect religieux du ramadan. Ce rituel m'apaise. Comme le reste de l'année je ne pratique pas, c'est le mois où je fais tout ce qui m'est demandé par la religion: je remets les pendules à l'heure, en somme.

En arrivant en Suisse, je me suis demandé si j'allais continuer: ici, il n'y a plus de regards pour me juger et les horaires de travail ne sont pas adaptés. Mais j'ai décidé de continuer. Je me suis abonné au câble qui permet de recevoir les programmes égyptiens et quand on les regarde avec ma femme et mes amis, autour d'un plat typique de ramadan, on est comme dans une bulle, comme à la maison.»