Société

La mort en direct d’un homme-oiseau sur Facebook Live

Un Italien de 28 ans s’est tué vendredi, dans les Alpes, lors d’un saut en wingsuit qu’il a filmé et mis en ligne en direct. Depuis l’été, c’est la septième victime de ce sport hautement dangereux

Debout, les jambes serrées, le wingsuiter a des airs de Teletubbies, avec son casque sur la pointe duquel est fixée une caméra. Alors qu'il est dans la position de l’homme de Vitruve – longtemps emblème de Manpower –, sa combinaison qui gonfle sous la pression de l’air fait un peu penser à un burkini aux manches chauve-souris. Mais dès que le parachutiste saute, d’une falaise ou d’un avion, il ressemble à un écureuil volant ou à un de ces acteurs d’arts martiaux dans les films de Hongkong. Les images sont très belles et spectaculaires. Elles sentent l’adrénaline.

Défier la gravité! Jamais l’homme ne s’est senti aussi proche de l’oiseau. Les meilleurs wingsuiters se faufilent entre deux gorges, frôlent les falaises, planent de longs kilomètres et maîtrisent leur direction, un peu comme en avion. Leur vitesse peut monter jusqu’à 363 km/h (record détenu par le Japonais Shin Ito) et couvrir jusqu’à 20 kilomètres. Le wingsuit est un sport extrême qui nécessite une formation très pointue (au moins 200 sauts en parachute, un brevet) et une préparation minutieuse, autant géographique que mathématique, puisqu’il faut élaborer en amont de savants calculs pour tenir compte de tous les paramètres.

Mais on connaît l’histoire d’Icare. Elle finit mal. Comme l’écrit @sebbataille: «A part Batman, l’espérance de vie des hommes chauves-souris ne vole pas haut». Ce vendredi, un Italien de 28 ans, Armin Schmieder, a trouvé la mort près de Kandersteg, dans les Alpes bernoises. Juste avant de s’élancer, tout sourire, il invitait les internautes à vivre le saut en direct avec lui, grâce à une diffusion sur Facebook Live: «Aujourd’hui vous volez avec moi!» a-il lancé à ses amis avant de glisser le téléphone dans sa poche et de sauter.

20 morts par an

Quelques minutes après son envol, on ne voit plus rien mais on entend un cri, puis des bruits sourds. L’enregistrement s’arrête avec le son tranquille de colliers de vaches. Ses amis sur Facebook se sont tout de suite inquiétés, et ont publié des messages pour demander des nouvelles. Sa mère et son frère auraient, eux aussi, demandé des informations via Facebook Live, rebaptisé Facebook Death par de nombreux internautes. L’homme était pourtant un parachutiste expérimenté. Les hommages sur sa page Facebook et sur Twitter sont dans toutes les langues. La communauté des wingsuiters n’est pas très grande mais elle est internationale.

Les réseaux sociaux ont surtout commenté l’effet Facebook Live, ses conséquences émotionnelles, ses dérapages, l’horreur de ce qui peut s’apparenter à un snuff movie. Comme @PsychoErased: «Voilà pourquoi il serait intelligent de ne pas diffuser ce genre d’événement en direct». Pour le reste, les twittos ont l’habitude du RIP. Depuis mai 2016, six sportifs ont déjà été tués dans les Alpes. La victime la plus célèbre est Alexander Polli, un expert du wingsuit qui avait l’habitude de filmer ses exploits avec une GoPro pour les diffuser sur Internet (en différé sur YouTube). Le jeune sportif de 31 ans s’était élancé le 22 août du massif du Brévent, au-dessus de Chamonix, lorsqu’il a heurté un arbre au moment d’effectuer une vrille dans les airs. Plusieurs twittos ont dressé la liste de toutes les victimes de ce sport né en 1997 mais rêvé depuis au moins Léonard de Vinci.

Avec quelque 20 morts par an dans le monde, cette discipline où la moindre erreur est fatale affiche un des plus forts taux de mortalité par rapport au nombre de ses adhérents. D’ailleurs, en 2012, suite à deux accidents, dont un mortel, la commune de Chamonix avait interdit la pratique de ce sport avant de revenir sur sa décision en début d’année.

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