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«Dans la mort, il n’y a ni colère, ni vengeance»: dialogue avec une médium

Pas de présence satanique, ni d’âme damnée. Pour la médium Denise Kikou Gilliand, l’au-delà est un espace d’amour absolu dans lequel les défunts «vont très, très bien». Réconfortant

«Etre ou ne pas être, là est la question.» Dans le célébrissime monologue de Shakespeare, Hamlet prétend que si l’homme supporte les vicissitudes de l’existence, c’est uniquement par peur de la mort et de son possible cortège de souffrances. C’est une fausse croyance, assure Denise Kikou Gilliand, dans L’au-delà sans peur, un livre basé sur ses propres expériences.

La médium et réalisatrice romande explique qu’«aucune colère, vengeance ou malédiction ne hante la mort». Pour elle, l’au-delà est un lieu d’amour absolu dans lequel les âmes, débarrassées des émotions humaines, font l’expérience d’une revue de vie avant de se réincarner sur terre pour poursuivre leur apprentissage.

Un trip perché? «On peut évidemment le penser, sourit Denise Kikou Gilliand. Sauf que quand je visualise clairement le défunt avec lequel j’entre en contact sur la demande d’un parent et que je peux le décrire précisément, le scepticisme a tendance à s’estomper.» Voyage de l’autre côté du miroir en compagnie d’une hôtesse bien vivante et inspirante.

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Le Temps: Vous prétendez que la mort est un espace d’amour inconditionnel. Sur quoi fondez-vous cette conviction?

Denise Kikou Gilliand: Sur mon expérience et mes visions de médium. Cet aspect de la mort comme lieu de paix et de sérénité est la raison pour laquelle j’ai écrit ce livre, car il est primordial d’aller contre toutes les peurs liées à l’au-delà.

Dans la mort, il n’y a ni esprit malin, ni rite diabolique, ni âme damnée. C’est au contraire un espace lumineux, rempli d’amour et d’une conscience aiguë des choses, dans lequel les défunts vont très, très bien. Y compris les suicidés, je tiens à le préciser, car il n’y a aucune punition particulière pour les gens qui se sont ôté la vie.

Savoir que la mort est un tel lieu permet de ne plus craindre cette échéance. Ceci d’autant que cette étape n’est pas une séparation définitive, mais une transition, car on revient, de vie en vie.

Vous expliquez que, dès la mort d’une personne, son âme sort de son corps et entame une sorte de voyage où elle doit apprivoiser de nouvelles sensations…

Oui, c’est cela. Nous observons qu’après le dernier souffle d’une personne, son âme s’élève au-dessus de son enveloppe physique, avec des aptitudes modifiées. La vue ne fonctionne pas de la même façon, ni l’ouïe. Le goût et l’odorat n’existent plus et la vision semble s’élargir. Parfois, l’âme ne saisit pas immédiatement ce qui lui arrive et tente même de retourner dans son corps. Nous pouvons alors, nous, les médiums, l’accompagner dans cette prise de conscience pour qu’elle gère cette nouvelle fluidité.

Pour vous, le karma n’existe pas, mais la revue de vie, oui. Quelle est la différence?

Le karma suppose que l’être humain, dans un processus évolutif de vie en vie, engrange des bonus et des malus qui l’obligent à payer sur terre les fautes commises par son âme dans une existence précédente. Je n’y crois pas, car l’être humain n’est pas puni d’être qui il est, quel que soit son niveau d’évolution. En revanche, après la mort, l’âme fait l’expérience d’une revue de vie, c’est-à-dire qu’elle est amenée à retraverser son parcours terrestre du point de vue de tous ceux qu’elle a fréquentés. Alors, à travers ce regard extérieur, elle comprend la portée de ses actions et grandit en conscience pour sa future réincarnation.

La réincarnation, justement. Dans votre livre, vous avancez que les âmes élisent leur corps et choisissent parfois la difficulté…

C’est vrai. Naïvement, on pourrait penser que toutes les âmes souhaitent poursuivre leur parcours terrestre dans le corps d’un bébé qui va naître dans une famille riche et dans un pays sûr. C’est faux. Pour grandir, certaines âmes sentent qu’elles doivent rejoindre le corps de quelqu’un qui va être exposé à la pauvreté, au danger, à la maladie, etc. Si le but est d’apprendre à aimer, il est plus difficile de se montrer solidaire lorsqu’on a soi-même faim!

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Vous imaginez bien que tout le monde ne peut pas vous suivre dans vos convictions. Que répondez-vous aux sceptiques?

Déjà, je les comprends, puisque je viens d’un milieu complètement athée. J’ai construit ma foi de manière autodidacte, car j’ai bien été obligée de mettre des mots sur des phénomènes qui se manifestaient à moi et des perceptions qu’on pourrait qualifier de surnaturelles.

Lesquels?

Des guides qui se sont montrés de manière énergique et joyeuse, et non dans l’effroi et la stupeur. Actuellement, j’en ai huit, qui sont assimilables à des entités puissantes tels des anges, et qui me guident lorsque je pratique la guérison spirituelle, des extractions de mémoires ou encore de l’écriture automatique. Pour contacter des défunts, je n’ai pas besoin de ces entités.

Justement, comment faites-vous pour visualiser des défunts?

La médiumnité consiste à se mettre dans un état de conscience modifié pour rejoindre un taux vibratoire très élevé dans lequel se trouvent les défunts. Je visualise alors le disparu, que je peux distinctement décrire. Ensuite, comme j’ai aussi la clairsentience en plus de la clairvision, je décris au client le caractère, l’état émotionnel ou physique du disparu, ou alors je réponds à des questions.

Vous faites aussi de la transe écrite et parlée. Est-ce le même processus?

Oui, sauf que là, il s’agit non seulement d’augmenter mon taux vibratoire, mais aussi de descendre mes fréquences cérébrales à 4-5 herz, un état juste avant le sommeil, pour que le guide puisse parler ou écrire à travers moi. Je ne réfléchis plus, je suis traversée. Il peut aussi y avoir de la transe chantée ou peinte.

Quel est le succès de ces pratiques en Suisse?

Il est très important. La nouvelle Suisse religieuse, une étude de sociologie parue en 2009 chez Labor et Fides, montre que les Suisses manifestent un intérêt croissant pour les spiritualités ésotériques et alternatives. 33% d’entre eux croient à la réincarnation, 30% considèrent le spiritisme comme vraisemblable. Pour les auteurs, il est même probable que les religions organisées deviendront un jour minoritaires au profit de ce qu’on appelle aujourd’hui l’ésotérisme.

D’ailleurs, Fréquences, l’école de médiumnité qui a été fondée en 2006 par Hannes Jacob à Neuchâtel, remporte aussi un grand succès. J’y ai étudié deux ans et, à présent, avec la photographe et médium Catherine Eicher Wacker qui a aussi suivi cet enseignement, nous avons fondé notre propre lieu de formation et de guérison, à Lausanne. Il s’appelle l’Atelier infini.

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En ces jours d’Halloween, on peut donc dire que vous croyez aux fantômes…

Oui, mais pas à des fantômes effrayants ou à des apparitions sinistres! Encore une fois, j’insiste, il est impossible que des morts puissent être mus par de mauvaises intentions, pour la simple et bonne raison qu’ils n’ont plus d’émotions. Ils sont animés par l’énergie source, enrichie des individualités acquises de vie en vie.

Pourtant, des personnes font appel à des professionnels pour chasser de leur maison des présences oppressantes. Qu’en pensez-vous?

Margaret De-Petro, une des médiums spécialistes mondiales du nettoyage de maison, dit que dans la plupart des cas, il n’y a pas d’esprit dans ces lieux, mais des stress divers. Des deuils, des séparations, des abus de drogues ou d’alcool, etc., peuvent alimenter une forme-pensée, c’est-à-dire une énergie qui, à force de mobilisation de tout un groupe, peut effectivement devenir visuelle et palpable et avoir une sorte d’autonomie effrayante. Mais il s’agit plus d’égrégores nourris par une hystérie collective que de véritables fantômes!

Parfois, on reproche aux vivants qui parlent avec leurs morts de retenir ces défunts. Quel est votre avis?

C’est un reproche infondé. L’âme peut être à plusieurs endroits à la fois. On ne retient donc pas le défunt, il est toujours libre de ne pas venir ou de s’en aller. Au contraire, pour mieux vivre un deuil, je pense qu’il est essentiel d’oser communiquer avec ses chers disparus pour pacifier la relation, leur pardonner, honorer ce qu’on a partagé, etc.

Vous arrive-t-il de vous fâcher avec un mort que vous contactez?

Oui, récemment, je suis entrée en contact avec un jeune homme que je connaissais et qui s’est suicidé. Je l’ai d’abord engueulé de manière très, très musclée parce que j’étais touchée. Je l’ai ensuite accompagné jusqu’à sa revue de vie, et je peux aujourd’hui vous assurer qu’il est lumineux et serein. Il m’est arrivé aussi d’avoir de vives discussions avec mon père décédé.

Organisez-vous quelque chose de particulier pour la fête des morts, ce vendredi 2 novembre?

Oui, avec Alexina Beuret, thérapeute et praticienne en rituels universels et éco-rituels, nous organisons, à Morges puis à Neuchâtel, une cérémonie qui s’appelle «honorer nos défunts» et qui prendra place après une conférence sur mon livre L’au-delà sans peur. Les participants amènent un élément de la nature, minéral ou végétal de petite taille, qui symbolise leur ou leurs défunt(s), comme une pierre, de la mousse, de l’écorce, une fleur de saison, etc., et nous établissons un pont positif, chaleureux entre le visible et l’invisible, le profane et le sacré.

C’est une cérémonie très puissante et très appréciée. Malheureusement, le rituel de Morges est déjà complet. Pour celui de Neuchâtel, il est important que les gens s’inscrivent car, l’an dernier, des personnes ont dû rester dehors faute de place.


L’au-delà sans peur, Denise Kikou Gilliand, Editions Favre, Lausanne, 2017.

Cérémonie «Honorer nos défunts»: 2 novembre, Morges, complet; 10 novembre, Université de Neuchâtel. De 19h à 21h, 20 francs. Sur inscription: infini@atelier-infini.com

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