La route, dans une Citroën C5, devrait figurer au menu des desserts de chez Lipp. Le mille-feuille plus précisément, onctueux, riche, farci de douceurs au gré des saisons qui défilent. Comme les kilomètres.

La nouvelle grande Citroën, qui inaugure une plate-forme PSA inédite, est un anachronisme. Avec son nom, C5, qui fait référence à des automobiles d'avant-guerre et dont aucun des conducteurs actuels ne se souviendra. Avec sa suspension Hydractive 3 qui encaisse les compressions là où d'autres se sentiraient pousser des ailes. Avec son confort à la française, qui renoue enfin avec les sensations des premières DS. Sans les trous d'air…

A mi-chemin entre une Xantia, qu'elle remplace, et une C6 qui n'arrivera que dans quelques années, la C5 cache sous une robe assez conventionnelle des trésors d'inventivité. Une suspension hydraulique simplifiée où tout a changé, des membranes en matière synthétique au fluide sous pression, maintenant synthétique. Tout le système ne demande aucun entretien avant 200 000 kilomètres. Faites vos calculs, sur la plus prestigieuse des limousines les amortisseurs rendent l'âme après 150 000 km. Cette suspension intelligente, qui garde constamment en mémoire la dernière minute de conduite, choisit en quelques centièmes de seconde la dureté de son amortissement pour privilégier la sécurité des manœuvres, ou le confort. Sans aucune intervention du conducteur.

Roulée sur près de 250 km en Andalousie, d'un village blanc à l'autre au long de routes qui se tortillent et présentent, comme des échantillons, toutes les qualités de revêtements possibles et imaginables, la C5 procure un plaisir de conduite que ne goûteront peut-être pas les Citroënistes purs et durs. La voiture est presque trop efficace. Pour plaisanter, je suggère au directeur marketing d'ajouter 100 ch aux 210 du moteur V6 3l, revisité par Porsche et admirablement servi par une boîte auto à commande séquentielle. Il me sourit avec élégance, me demande si je suis bien raisonnable. Et me concède qu'avec une telle tenue de route, les sièges pourraient en effet offrir un peu plus de maintien latéral.

Et la voiture ne s'arrête pas à dévorer le bitume avec le panache d'une présidentiable. Elle offre le fameux filtre à particules pour lequel Jean-Martin Folz, PDG de PSA, a plaidé. Et qui rend son 2.2l diesel de 136 ch propre comme une cigarette sans fumée. Ou un 2l essence à injection directe, dont on peine à voir les qualités évidentes. Fonctionnant selon le principe de la charge stratifiée, il permet un gain de consommation de l'ordre de 10% en conduite coulée, en dessous de 3500 tours. Au-delà, il consomme comme un grand, et vu la topographie de nos monts et de nos vaux, l'amour de l'environnement demandera une certaine pédale douce…

En d'autres termes, la C5 préfigure sans doute le retour de Citroën dans sa niche, tapissée de solutions techniques auxquelles personne n'a jamais pensé avant. Et ça, dès 36 000 francs pour la version 2l essence 16 soupapes, c'est anachronique.