Rangez vos 4 x 4 patauds avec vos skis de 2 m 10. Remisez votre petit cabriolet de frimeur sous serre, en attendant qu'arrive l'hypothétique été. Et allez vous faire voir en Alfa 147.

J'en ai déjà passablement raconté sur la voiture de l'année 2001, mais la version 2 l Selespeed est pour quelques mois encore le meilleur moyen d'être vu.

Cette voiture aux formes exceptionnelles, aussi difficile à garer qu'elle est amusante à conduire, est un concentré de Ferrari. On vous y voit, mais pas pour longtemps. L'autre jour, un mi-riche dans sa béhème série 3 Compact m'a apostrophé au feu rouge. «Swish», fit la vitre électrique, pour que j'entende sa question: «Etes-vous content de votre nouvelle Alfa?» Oui, oui, et encore oui. «C'est la plus belle, lui dis-je, et en plus elle est tellement plus originale que le tonneau dans lequel vous êtes engoncé.» D'un rire jaune dans son micro tank bleu pétrole, le jeune homme m'apprend qu'il attend la sienne. C'est bien ce que je pensais. L'Alfa 147 a tout pour faire un scandale.

D'un pied leste, j'enfonce l'accélérateur et, jugeant le rythme de mon moteur 16 soupapes, double arbre à cames Twin Spark suffisamment soutenu, je tire vers moi la palette de changement de vitesse, située au volant. Deuxième rapport. Je file à travers la ville, vers mon rendez-vous.

La commande de boîte séquentielle est étonnamment rapide en conduite sportive, nettement moins lorsqu'on flâne. Elle semble alors hésiter un peu, l'embrayage piloté glissant plus que nécessaire.

Cette Alfa-là n'a que les cotes d'une voiture compacte. Aucune autre ne peut prétendre à autant de style, de punch, et de plaisir de conduire. Le train roulant, hérité de la fabuleuse 156, est fait de deux triangles superposés «haut» à l'avant, et d'un essieu multibras à l'arrière. On y découvre les saveurs interdites des tractions, avec une direction directe et précise, un étonnant contact avec la chaussée et l'envie de prendre chaque virage sur les chapeaux de roues. Ce qui se traduit par une consommation immodérée de plus de 15 l/100. Mais avec un tel moteur… En revanche, le diamètre de braquage ridicule, et la visibilité nulle à l'avant et à l'arrière font de la 147 la première petite voiture plus embêtante à garer qu'un break Peugeot 404 de 1969…

L'intérieur confirme ce que promet la peau d'acier. Tout y est de bon goût, les matériaux sont beaux même si les plastiques sont sans doute salissants. Même si l'habitude de peindre le plastique pour lui donner l'apparence de l'alu est une très laide initiative. Les sièges revêtus de cuir sont irréprochables, mais cette option coûte 1500 francs, et le bouton de chauffage des sièges est inutilisable lorsque la ceinture est mise…

Bref. Pour 40 000 francs, options comprises, l'Alfa 147 renvoie toutes ses concurrentes devant leur coiffeuse. Et, à ce prix-là, on obtient gratuitement le son Alfa. Allez Audi A3, on t'a assez vue.