Tout compte fait, la première voiture de luxe française depuis des lustres ne défrisera pas ses occupants. Bernadette Chirac peut dormir sur ses deux oreilles, la 607 n'a pas la moindre tendance à perdre la face pour une histoire de tête-à-queue.

L'enjeu était de taille pour Peugeot, qui inonde la planète d'excellentes petites voitures mais semblait incapable de trouver la formule magique qui fait une grande. Depuis la DS Citroën, la France était orpheline d'une voiture d'apparat. A l'usage, la 607 3 litres V6 étonne à bien des égards, et devrait assurer une harmonieuse cohabitation sur le parvis de l'Elysée.

Subjectivement, la 607 est une réussite esthétique. Son profil en succession d'ellipses est fluide, et le renflement de la malle renforce son caractère. Pour l'avant, Peugeot a opté pour un capot «de carrossier»: les phares sont entièrement enchâssés dans les ailes, laissant à la large pièce de tôle le beau rôle de s'étendre sans la moindre découpe inutile. Ces figures de style ont pour effet de faire illusion: la 607 mesure 4,87 m de long et 1,82 m de large, mais semble beaucoup plus grande. L'impression est identique à l'intérieur, où pour la première fois dans une limousine française le conducteur et les passagers peuvent se perdre tant l'habitacle est vaste. Cette voiture fait un usage inconsidéré de l'électronique pour assurer aux occupants une sérénité totale. Cela commence par la boîte auto à commande séquentielle, qui s'adapte au mode de conduite et offre un impressionnant frein moteur. Elle autorise aussi au puissant moteur de 210 ch, retravaillé par Porsche, d'exprimer tout son entrain. Et lorsqu'il s'agit de modérer l'ardeur du groupe propulseur, la 607 freine toute seule. Ou plutôt, elle compare la vitesse d'écrasement de la pédale avec l'intensité, et augmente la pression de freinage si elle le juge nécessaire. Les feux de détresse se déclenchent seuls lors des freinages d'urgence. Peugeot prétend que la voiture embarque autant de calculateurs que la première génération d'Airbus A300, mais à la conduite on n'a jamais l'impression que c'est l'électronique qui décide. Les sensations sont bien présentes, c'est le moindre des privilèges à près de 60 000 francs pour cette version-là.

A l'exception des snobs pur beurre, qui n'oseront pas remettre en question leurs valeurs, l'arrivée de la 607 est bien capable de semer la pagaille dans le haras des coureurs de fond. Seuls quelques détails d'équipement font un peu léger. Mais la Peugeot 607 n'est pas française pour rien.