Coup de maître de Renault: la Scénic RX4 ne sert à presque rien à travers les canyons des villes, et pourtant il s'en voit déjà partout.

La RX4 est le petit monospace chéri des Européens, version baroudeur du Camel Trophy ultralight. Cinq places assises très haut, entourées de protège-canidés en plastique et d'un attrape-cycliste à l'avant. Parce que là où la Scénic RX4 ira s'ébrouer, et malgré sa transmission 4x4 permanente, il y a peu de chances qu'elle rencontre jamais un buffle. La voiture aime sans doute les chemins, mais pas le terrain, le vrai.

Longue de 4,44 m, large de 1,78 m et haute de 1,73 m, elle séduit par son look massif et un choix de combinaisons de couleurs détonant. Son concept s'inspire un peu de la Matra Simca Rancho des années 70, bien que cette dernière ait raté sa carrière, n'étant pas équipée d'une transmission à quatre roues motrices. Et grâce à sa modularité exemplaire, à son confort et à la créativité investie dans sa finition, la Renault peut se vanter de convertir les Français au 4x4 raisonnable.

La Scénic RX4 n'est pas du genre embarrassant: elle se loge dans n'importe quelle place de stationnement normale, ses flancs restent vierges d'éclats de murets et autres piliers égayant les parcs souterrains, et dans la circulation elle évolue en parfaite harmonie avec ses congénères. Mieux encore, la Scénic RX4 est très agréable en ville et sur les petites routes. A travers d'immenses surfaces vitrées et rehaussées de plusieurs centimètres, ses occupants jouissent d'une chambre avec vue sur les autres automobilistes. Et sur les dangers.

Très bien suspendue, ses sièges revêtus d'un épais cuir façonné «rustique», la voiture est aussi douillette. Mais aussitôt qu'on augmente le rythme, sur autoroute par exemple, elle montre rapidement les limites qu'impose le compromis dont elle est issue. Le moteur 2 l 16 soupapes n'est pas du tout heureux dans cette lourde berline de 1570 kg, et il le fait savoir par des cris rauques, une mauvaise volonté évidente à s'exprimer et une consommation de plus de 11 l aux cent, en moyenne. A l'usage, sur de longs parcours, la Scénic RX4 agace l'oreille et déçoit les orteils du pied droit. Puis elle est si haute qu'elle tremble devant la moindre rafale de vent. Enfin, si l'aménagement est fort bien étudié avec les trappes de rangement sous les pieds des passagers arrière, la boîte à boissons réfrigérée et les appuis-tête arrière en forme de virgule, qui s'escamotent pour laisser libre la visibilité arrière, la voiture essayée est la première dont l'ordinateur de bord n'ait jamais compris la valeur du litre. Comme le système de navigation Carminat n'a jamais retrouvé le nord: prié de me mener en direction d'une adresse connue, le système m'a invariablement envoyé faire du tout-terrain à travers la ville, jouant à passe muraille avec tous les bâtiments du quartier… C'est intéressant, pour ne pas dire aventurier, mais les familles sont ce qu'elles ont toujours été: éprises du besoin de conservation. Dans cette Scénic RX4-là, on naviguait à vue. Mais sans périscope.