Comme un gros bébé qui se fait attendre, ou comme l'Arlésienne, la Citroën Xsara Picasso a mis son temps à venir. Annoncée, puis repoussée, enfin confirmée, la voilà sur nos routes, égayant le paysage de son surnom aux millions de francs français. Là-bas, dans sa patrie, elle connaît un succès retentissant malgré une concurrence qui n'a pas tergiversé avant de se jeter à l'eau.

La Xsara Picasso est un grand œuf, particulièrement joli vu des trois-quarts avant. La ligne vers l'arrière est moins réussie, mais le revers de la médaille est que ce petit monospace est presque aussi vaste qu'une camionnette. Huit vitres latérales baignent l'habitacle d'une luminosité qui incite à une conduite cool et donc bien plus sûre que la majorité des voitures. Le confort de suspension est tel qu'il s'améliore plus la chaussée se dégrade. En revanche, cette grande douceur se traduit par un sentiment de lourdeur. Un sentiment seulement, car Citroën a inventé la tenue de route, c'est bien connu.

A l'intérieur du cocon, on hésite où se mettre: le tableau de bord se trouvant au centre, sous le pare-brise, les deux places avant sont aussi agréables l'une que l'autre. Et pourquoi pas l'arrière, me dis-je? Les trois sièges individuels sont inclinables, et celui du milieu peut aussi coulisser vers l'avant. Au moins, mes deux sœurs de part et d'autre ne pourront plus m'atteindre pour me taquiner. Dans cette configuration, il reste assez de place dans le coffre pour emporter les bagages d'une famille de cinq, en gardant l'astucieux Modubox, chariot roulant «à la Citroën», plaqué contre la paroi droite. Mais si l'on replie les sièges, d'une seule main, la Xsara Picasso devient une soute. Il est par exemple possible d'y mettre trois vélos côte à côte, la roue avant démontée, une grande commode ou une panoplie de pique-nique pliable. Le volet de coffre, soutenu par deux vérins, s'arrête une première fois pour être atteint par une personne de petite taille, et se repousse plus haut pour les plus grands. C'est vraiment très astucieux.

Le moteur 1.8 l 16 soupapes de 117 ch n'est pas un foudre de guerre, mais est-ce bien nécessaire lorsqu'on va transporter sa marmaille? Il pallie sa relative absence de punch par une grande souplesse, comme tous les 16 soupapes du groupe PSA, mais l'alternative la meilleure reste le HDI 2 l de 90 ch, force de la nature que l'on n'entend plus dès 60 km/h et qui consomme comme un oiseau tout juste sorti de l'œuf. Evidemment, Citroën exige plusieurs milliers de francs supplémentaires pour disposer de ce modèle du genre, ainsi qu'une certaine patience.

Malgré le nom flatteur de Picasso, la Xsara homonyme ne brille pas par la qualité de sa réalisation. Citroën ne semble pas comprendre qu'il existe des plastiques bon marché qui n'en ont pas vraiment l'air, et que la gamme de moquettes vendue chez St. Maclou comprend aussi des variantes qui résistent au piétinement, au-delà de 9000 kilomètres. C'est plutôt curieux, puisque les voitures produites par Peugeot sont de même lignée et paraissent pourtant assemblées avec nettement plus de soin.