Il n'y a plus d'hiver. En tout cas, le silence cotonneux, la lumière éblouissante et les formes bulbeuses de carrosseries abandonnées sous quelques dizaines de centimètres de neige, comme c'était le cas pendant l'hiver 84-85, semblent révolus. Dommage pour les véhicules tel le Nissan Pathfinder. En s'adonnant à corps perdu au procès d'intention, on peut dire que c'est en partie leur faute, à ces «gas guzzlers», si le climat se détraque et qu'il fait 7 °C une nuit de 4 janvier. Car avec une consommation de carburant de plus de 16 l/100 km sur autoroute, on imagine facilement ce que ce 4x4 rejette comme gaz à effet de serre dans l'atmosphère.

En ville, malgré la direction assistée très douce et des angles bien visibles, c'est la croix et la bannière pour stationner le Nissan. Dans les parcs souterrains, il gêne les autres usagers à gauche et à droite car il est trop large pour les places européennes. A la pompe, il coûte un saladier, végétaux qu'il pulvérise ensuite d'une cohorte de substances polluantes, puisqu'il consomme deux fois plus qu'une berline cinq places conventionnelle. Mais voilà, son style fort élégant est à la mode, et dans tous les beaux quartiers des villes suisses cette pseudo élégance est plus prisée que le subtil dessin d'une Twingo ou d'une Mercedes classe A. Evidemment, c'est une question de classe sociale que nous empruntons aux Américains: plus de muscles, plus de tôle pour plus d'égoïsme. Car on ne vit qu'une fois, et il n'y a aucune raison pour que les autres en profitent. Au contraire, rajoutons quelques points sur nos i et affirmons avec arrogance notre existence dans l'espace public.

Mais revenons à notre mouton. Cloné. Le Pathfinder ressemble à un gros break de 4,64 m, il pèse deux tonnes, que son moteur V6 de 3,3 l et 170 ch a quelque peine à trimbaler. Pour cette année, Nissan monte un 3,5 l entièrement nouveau beaucoup plus puissant et coupleux, mais dont la consommation n'a pas baissé d'un décilitre. Le modèle essayé, avec son ancien moteur à bloc en fonte grise, semble plutôt anémique sauf sur autoroute, où il file dans le plus grand confort et sans le moindre bruit. Comme d'autres produits Nissan, le moteur hurle à haut régime et le son n'a rien de sexy, au contraire de la culture raffinée d'un V6 Alfa, ou du très onctueux 3 l Peugeot-Renault. Mais de ce détail, les Américains se moquent bien. Et comme c'est pour ce pays qu'il a été conçu avant tout, on y retrouve également la finition tout plastique d'un autre âge, à l'exception de la sellerie cuir. Les passagers assis sur la banquette arrière ont l'honneur d'avoir pour la première fois un appui-menton, sous la forme de leurs genoux puisque l'assise est nettement trop basse.

Enfin, le Pathfinder n'est pas à l'aise dans le dédale de rues européennes. S'il tient bien la route pour un gros 4x4, son essieu se dandine d'un gendarme couché à l'autre. En d'autres termes, changeons de culture. Renault devrait y songer, puisque c'est lui qui décide aujourd'hui du futur de la marque nipponne.