Portrait

Muriel Waeger rejette toute inégalité fondée sur l’orientation sexuelle

A 25 ans, cette ancienne vice-présidente de la Jeunesse socialiste suisse est aujourd’hui directrice romande de l’association faîtière des organisations gays et lesbiennes. Elle s’engage pour la révision du Code pénal soumise au peuple en février prochain

C’est d’un pas déterminé que Muriel Waeger s’installe sur un canapé du Café de Grancy, près de la gare de Lausanne. Elle arrive de Berne, où siègent Pink Cross, l’association faîtière des organisations gays en Suisse, et la LOS, l’Organisation des lesbiennes, dont elle est directrice romande depuis maintenant une année. «J’ai une heure de disponible avant de prendre un train pour un autre rendez-vous», dit-elle. A 25 ans, l’Yverdonnoise a un planning bien chargé. «Je m’ennuie si je n’ai qu’une seule chose à faire», glisse-t-elle dans un éclat de rire.

A la tête de ces deux organisations qui luttent en faveur des droits des personnes LGBTQI+, elle est en pleine campagne pour que le Code pénal soit révisé et que les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle soient sanctionnées au même titre que le racisme, objet de la votation fédérale du 9 février 2020. Son rôle: faire le pont entre les régions. «Je suis née en Suisse alémanique, j’ai grandi dans le canton de Lucerne, puis en Suisse romande, et j’ai fait mes études en chimie et mathématiques à l’Université de Fribourg», détaille-t-elle. Multilingue, elle est sur tous les fronts, de l’organisation à la communication, en passant par la stratégie.

Le souvenir des minarets

Des compétences qu’elle a développées sur le terrain, en tant que vice-présidente de la Jeunesse socialiste suisse (JSS). «Tout a commencé lors d’un échange en Allemagne, raconte-t-elle. A ce moment-là, l’UDC venait de remporter son initiative contre les minarets. Cela faisait scandale à l’étranger et j’ai été traitée de raciste simplement parce que j’étais Suisse.» Avec des cours en matinée seulement, elle passe alors ses après-midi à éplucher les programmes des différents partis, bien décidée à en choisir un qui corresponde à ses valeurs. «J’avais toujours pris mes distances avec le monde politique, car mon père était engagé depuis des années et cela donnait lieu à d'éternels débats pendant les repas de famille», précise-t-elle.

A son retour, elle assiste à sa première assemblée des Jeunes socialistes et choisit de devenir membre. «J’avais 16 ans, j’étais intimidée face à ces gens qui débattaient de manière assurée, se souvient-elle. Mais j’ai vite su trouver mes marques et des thèmes que j’étais prête à défendre.» Les inégalités sociales figurent en tête de ses préoccupations. Fille d’une mère au foyer et d’un père cheminot, Muriel Waeger a pris conscience des injustices quand elle avait 12 ans. «Nous sommes répartis par classes sociales en voie secondaire de baccalauréat, générale ou à options, ce qui influe sur nos possibilités d’études. Nous n’étions que trois dans mon gymnase à avoir des parents locataires et à avoir du mal à boucler nos fins de mois.»

En intégrant la JSS, elle milite pour l’initiative populaire «1:12 – Pour des salaires équitables», finalement refusée par le peuple. «C’était plutôt radical, dit-elle amusée. On demandait que le salaire le plus élevé dans une entreprise ne puisse être plus de douze fois supérieur au salaire le plus bas. Quand on est jeune, on a la chance d’être ambitieux et de refuser les compromis. L’échec, en politique, comme ce fut le cas ici, a toujours le mérite de mettre un thème sur la table des discussions.»

Sa «niaque» la conduit rapidement à la vice-présidence de la JSS. Un engagement qui lui prend la majeure partie de ses soirées et week-ends. «Le temps restant, je cumulais deux jobs pour financer mes études: j’assurais la sécurité dans des soirées et je donnais des cours d’appui en sciences», raconte-t-elle. Ses études terminées, Muriel Waeger se consacre entièrement à la politique. Une expérience «enrichissante» qui doit rester pour elle un hobby: «J’ai saisi cette occasion, mais j’aimerais reprendre mes études pour travailler dans le domaine des sciences.»

L’entraide, c’est la clé

En novembre 2018, alors qu’elle commence à accepter sa bisexualité, la jeune femme tombe sur l’offre d’emploi des organisations homosexuelles en Suisse. «J’ai sauté sur l’occasion, résume-t-elle. Il y a encore tellement d’incompréhension et de combats à mener pour atteindre l’égalité.» La réussite repose, selon elle, sur l’entraide entre les gays et lesbiennes. «Quand les femmes luttaient pour le droit de vote, les hommes luttaient pour la dépénalisation de l’homosexualité, rappelle-t-elle. Nous devons désormais avancer main dans la main.»

Un autre facteur essentiel est la collecte de données chiffrées. «En ce qui concerne la santé, les parlementaires s’appuient sur des études réalisées dans d’autres pays, s’indigne-t-elle. Pour les crimes de haine et les agressions, qu’elles soient verbales ou physiques, la plupart des personnes LGBTQI+ n’osent même pas aller porter plainte. Si la révision du Code pénal est acceptée le 9 février prochain, nous aurons enfin des statistiques pour argumenter et faire prendre conscience à la population de l’existence de ces violences.»

Elle marque une pause et poursuit, un brin énervée: «Ceux qui prétextent de la liberté d’expression pour discriminer les gays incitent à la haine! Je ne comprends même pas que ce soit un sujet de votation. Nous parlons de libertés fondamentales.»

Pour compléter: Alice Coffin: «Encore aujourd’hui, «lesbienne» est employé comme un gros mot»


Profil

1994 Naissance à Lenzburg (AG).

2009 Voyage d'échange en Allemagne.

2011 Dépôt de l'initiative «1:12 – Pour des salaires équitables» et entrée à l'Université de Fribourg.

2014 Devient vice-présidente de la Jeunesse socialiste suisse.

2018 Nommée directrice romande de la LOS et de Pink Cross.

Explorez le contenu du dossier

Publicité