Pour sa dernière exposition, le Musée national suisse a choisi une approche historique d'un thème susceptible d'attirer un grand public: la prostitution à Zurich de 1875 à 1925. Installée au musée de la Bärengasse à un jet de pierre de la Paradeplatz, l'exposition «Chère Mademoiselle, quel est votre prix?» montre bien que Zurich, dans ce domaine-là aussi, tenait déjà son rang de grande ville européenne au XIXe siècle. Dans le sillage des processus d'industrialisation et d'urbanisation, elle se transforme aussi en centre de divertissements: maisons closes de toutes catégories, élégantes demi-mondaines fréquentant les cafés et théâtres de variétés, prostitution de rue.

Maisons closes

Les associations de défense de la moralité, qui se mobilisent vers la fin du siècle, emportent une nette victoire avec l'interdiction des maisons closes, acceptée en votation populaire en 1897. Zurich compte une multiplication des magasins de tabac et de leurs «cigareuses», professionnelles vieillissantes offrant leurs charmes dans l'arrière-boutique. Une décision du Tribunal fédéral, en 1913, mettra définitivement fin à cette pratique.

Si les 11 bordels enregistrés par la police en 1890 ont l'air bien modestes face aux quelque 300 sexclubs que compte Zurich aujourd'hui, les temps ne semblent pas avoir beaucoup changé si l'on suit le fil rouge de l'exposition: le contexte social poussant les femmes à se prostituer, le contrôle des autorités et de la police, le commerce international de filles, la prostitution de luxe, les campagnes de prévention contre les maladies sexuellement transmissibles. «Le XIXe était le siècle de la prostitution, au cours duquel un marché du commerce des charmes aux ramifications internationales s'est développé», remarque, dans le catalogue, Philipp Sarasin, professeur d'histoire à l'Université de Zurich, qui a conçu l'exposition avec sa collègue Regula Bochsler.

Films documentaires

De nombreux documents originaux, issus pour la plupart des actes de la police, sont présentés dans une enfilade de boudoirs aux tentures lourdes et fleuries. Des films documentaires historiques et des documents audio complètent les vitrines. L'exposition est certainement un moyen d'attirer un nouveau public au musée de la Bärengasse, dont la collection permanente se concentre sur le segment plutôt étroit de la vie quotidienne zurichoise entre 1730 et 1800, de loin la maison la moins fréquentée du groupe Musée suisse.

Musée de la Bärengasse, Zurich, ouvert du mardi au dimanche de 10 h 30 à 17 h, jusqu'au 11 juillet. http://www.ausstellung-prostitution.ch. Une petite documentation en français sera disponible dès la semaine prochaine.