Le mystère de la chambre funéraire de Kheops

Le caveau mortuaire de la Grande Pyramide aurait-il été repéré à l'aide d'ondes radar? Les autorités égyptiennes refusent d'entamer de nouvelles fouilles, trouvant la proposition farfelue. Mais l'Université de Genève soutient le projet malgré ce refus

Deux égyptologues français affirment avoir localisé, grâce à un géoradar, la chambre funéraire de la Grande Pyramide de Kheops après dix-sept ans de recherches. Intéressée à l'entreprise de Gilles Dormion et Jean-Yves Verd'hurt, l'Université de Genève a offert ses services pour obtenir une autorisation qui lui permettrait de vérifier les thèses des deux égyptologues. «Nous avons fait une demande officielle au Conseil suprême des antiquités égyptiennes en avril pour commencer des fouilles dans la pyramide de Kheops, mais elle a été refusée, se lamente Michel Valloggia, titulaire de la chaire de Langue et civilisation de l'Egypte ancienne et directeur de la Mission archéologique franco-suisse d'Abu Rawash en Egypte. Si le caveau de Kheops est repéré, ce serait une découverte incroyable, bien plus importante que celle de la tombe de Toutankhamon.»

Les chercheurs trouvent le refus des autorités égyptiennes étonnant. Gilles Dormion avait pourtant été autorisé une première fois en 1986 à effectuer des relevés par microgravimétrie dans la Grande Pyramide. En 1998, il avait même été chargé avec Jean-Yves Verd'hurt de superviser la ventilation de l'ensemble du monument. Mais du côté égyptien, on juge cette possible découverte farfelue. Un égyptologue dit même qu'elle empiéterait sur le terrain de recherche de Zahi Hawass, le secrétaire général du Conseil suprême des antiquités, la personne même qui délivre les sésames pour les fouilles.

Dans son livre Kheops, la chambre secrète qui sera publié le 1er septembre, Gilles Dormion avance que le volume détecté au géoradar pourrait être la chambre funéraire du pharaon qui a vécu entre 2560 et 2532 av. J.-C. et dont le corps momifié n'a encore jamais été retrouvé. «Il doit y avoir quelque chose en dessous de la chambre de la reine», explique Gilles Dormion. Ce «quelque chose» pourrait être une chambre, un couloir, une trappe ou un simple boyau. «Le sol de ce boyau, continue le chercheur, est percé d'une sorte de conduit communiquant vers le bas. On ne peut s'empêcher de penser à un passage de cordes. La synthèse de tous ces paramètres conduit inéluctablement à considérer que l'on se trouve en présence d'un «boyau de service» permettant d'accéder au-dessus de quelque chose que l'on actionnerait au moyen d'un cordage passant par un trou. Dans une pyramide, la réponse est bien entendu: une herse.» Pour vérifier que cette cache existe bel et bien, il suffirait de sonder la présence de granit. Car, d'après les égyptologues, s'il y a du granit, il y a forcément des herses, étant donné que cette roche très dure n'est utilisée que dans des mécanismes d'ouverture compliqués. Le gros de la pyramide étant construit en calcaire, pierre beaucoup plus friable. Selon le professeur genevois, il suffirait de percer une petite cavité pour y glisser un endoscope: «On reboucherait ainsi avec un peu de plâtre ce petit orifice pour préserver la structure. Il s'agit d'une petite opération chirurgicale.»

Pour Gilles Dormion, plusieurs éléments soulignent l'existence de la chambre funéraire: «Le géoradar a détecté le toit d'une structure à 3,50 mètres sous le sol de la chambre de la reine. Si l'on ajoute à cela une hauteur de passage standard de 1,20 mètre, le plancher de la structure présumée se trouverait à environ 4,70 mètres au-dessous, hauteur compatible avec le fonctionnement des herses. Tout cela situerait la chambre présumée à l'altitude de 16,50 mètres.» Selon lui, Kheops s'est fait bâtir trois chambres funéraires. La première est restée inachevée, la seconde était disponible et la troisième s'est brisée. Kheops serait donc inhumé dans la seconde.

Le professeur Michel Valloggia abonde dans ce sens: «C'est la seule hypothèse sérieuse sur le mystère de la Grande Pyramide depuis bien longtemps. J'ai vu le relevé du géoradar et on voit bien un couloir délimité par deux murs distants de 1,05 mètre, soit exactement deux coudées dans le système de calcul de l'Egypte ancienne. J'ai aussi pu voir de mes propres yeux que le dallage de la chambre de la reine a été remanié.» D'après les deux égyptologues, ce remaniement laisse supposer l'existence d'une entrée secrète qui donne un accès direct au caveau de la Grande Pyramide.

Pour l'instant, le mystère de la chambre funéraire de Kheops reste entier. A moins que Gilles Dormion et Jean-Yves Verd'hurt ne réussissent à convaincre le Conseil suprême des antiquités égyptiennes d'accepter la demande de fouilles de l'Université de Genève. La présentation officielle des travaux des deux égyptologues français à leurs collègues du monde entier aura lieu le 8 septembre à Grenoble. «Pour éviter de froisser les susceptibilités, on pourrait alors proposer une équipe internationale qui serait chapeautée par les autorités égyptiennes», glisse l'égyptologue genevois.

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