En bateau

Nabilla Benattia, ce pur spectacle

Il y a ceux qui en parlent. Et ceux qui parlent pour dire qu’il ne faudrait pas en parler, mais qui, du coup, en parlent quand même. Et aussi, ceux qui parlent de ceux qui en parlent, en se demandant pourquoi ils en parlent autant – j’appartiens à cette dernière catégorie. Mais je vous rassure, une fois que les gens comme moi auront fini d’en parler, on aura sans doute passé le gros de la tempête, et enfin, cela deviendra ridicule d’en parler encore.

Nabilla, donc. Cette matière à commentaire. Cette chair à réseaux sociaux. Cet artefact surgi des tréfonds de la production télévisuelle. Ce pur spectacle.

Nabilla Benattia, ex-star de télé-réalité et chroniqueuse de talk-show de son état, a été mise en examen pour tentative d’homicide volontaire sur la personne de Thomas Vergara, son compagnon. Jusqu’à nouvel avis, elle est encore présumée innocente.

Mais qu’importe. Ce qui compte, c’est la chute. Que cette femme, célèbre quoi qu’on en pense, ambitieuse du moins, attachante, répugnante, polarisante, morde la poussière en public.

Alors, bien sûr, on peut regretter le gaspillage d’espace médiatique consacré à cette pauvre écume. On peut maudire Faceter et Twitbook, qui agissent en caisses de résonance du pire et du médiocre. Rappelons seulement que l’humanité n’a pas attendu ces outils de communication pour s’émouvoir de faits divers. La formule date de la nuit des temps: célébrité + sexe + sang = fascination collective. Buzz, comme on dit en 2014.

Après, on a les faits divers qu’on mérite. Et c’est peut-être cela, le plus triste dans cette affaire. Je m’explique. Nabilla Benattia est une gamine de 22 ans qui a décidé de mettre son corps à vendre. De le travailler au scalpel, et de le fagoter, à la mode pornographique, pour le donner à voir le plus largement possible, et le livrer au plus offrant. C’est son choix, je ne le discute pas.

Or, ce corps fantoche, garanti 100% sans valeur ajoutée intellectuelle, il s’est trouvé des gens pour l’acheter. Des producteurs de télévision, des agents d’artistes, des patrons de boîte de nuit, des créateurs de mode, des industriels du textile. Toute une société, qui lui a sciemment prêté une valeur marchande. C’est ce corps sans cervelle, avec tout ce qu’il sous-entend d’obscène, tout ce qu’il dit de l’air du temps, que notre époque a choisi pour incarner la célébrité.

A partir de là, il ne faut pas s’étonner que la qualité des faits divers s’en ressente. Quand une personne réputée spécialement pour la nullité de son bagage mental en poignarde une autre du même calibre (enfin, c’est ce qu’on présume), dans l’univers désolant du PAF et de la cocaïne, on nage forcément dans le bas de gamme. Les alibis, les stratégies de communication, les lignes de défense, les mises en scène médiatiques, tout devient risible.

Et comme dans un invraisemblable épisode de télé-réalité, nous voilà collectivement condamnés à assister aux contorsions pathétiques de ce couple de minables. Cette fille qui s’est donnée à vendre, et ce garçon qui bouffe dans son sillage.

On en oublierait presque que leur destin, cette fois, ne repose pas sur le vote par SMS d’un public d’abrutis.

Ce corps, garanti 100% sans valeur ajoutée intellectuelle, il s’est trouvé des gens pour l’acheter