Quel est le sujet «chaud» en ce début janvier? La nécessité d'échanger les cadeaux de Noël inappropriés ou indésirables, ou ceux que l'on possédait déjà? Les nombreux projets d'affaires pour 2006, ou encore les résolutions personnelles? A prêter l'oreille aux discussions dans un bus de banlieue à Zurich, c'est un tout autre thème qui préoccupe les gens, alors que se déroule le paysage enneigé: la plage! Et les projets visant à s'y rendre aussi vite que possible.

Deux filles vont justement faire leur réservation en vue de cet été, tandis qu'un couple âgé discute des avantages des îles grecques par rapport aux stations de la mer Rouge. Peu après, une brochure me tombe dans les mains, qui m'encourage à réserver tôt - ce dont je ne suis jamais capable - afin de profiter d'un petit rabais de «early-booker» (en anglais dans le texte). Est-ce là, comme les lapins de Pâques en chocolat qui arriveront prochainement dans les magasins, un autre symbole de la précipitation qui caractérise notre vie moderne et dynamique? Ou une preuve supplémentaire du fait que nous voulons toujours ce que nous n'avons pas? Peu importe. Cela va de soi: le mois de janvier est le moment idéal pour réfléchir à sa prochaine escapade à la plage.

Toutefois, ce souci est peut-être inutile cette année. Car la plage viendra à nous. Comment? Un petit coup d'œil du côté de nos voisins allemands nous livre la réponse. Ce pays de 80 millions d'habitants peut n'être doté que de quelques centaines de kilomètres de bords de mer - tout au nord -, de peu de lacs et d'un nombre encore moindre de rivières propres à la baignade. Là-bas pourtant, les plages poussent désormais comme des champignons. A Hambourg, Cologne ou Francfort, à Stuttgart, Mainz ou Düsseldorf. Dans la seule capitale Berlin, on en compte déjà une bonne douzaine, dont la plus centrale, la «Bundespressestrand», se trouve vis-à-vis du parlement et de la Chancellerie. Si, si, je parle de vraies plages, avec des tonnes de sable, des transats rayés bleu marine et blanc, des mojitos ou caipirinhas à portée de main, de l'eau pour la baignade (dans une petite piscine, certes), de la musique estivale et des discothèques sur le sable en soirée. Ces plages ont fait un tabac l'année dernière.

Chez nous, c'est vrai, l'accès aux berges de lacs ou de rivières, même aux abords des grandes villes, est beaucoup plus facile. Ils sont des milliers qui passent une pause agréable dans les bains de l'Aare à Berne ou les bains de la Limmat ou du lac à Zurich. Dès lors, l'urgence d'imaginer des plages artificielles est tout sauf évident; il n'y a pas de raison pour les construire. Peut-être pas. Mais lorsque l'on parle de mode, la raison tient rarement le haut du pavé. Or la tendance est aux plages de sable métropolitaines. La Suisse, malgré sa tradition d'ingéniosité, ne s'y soustraira pas.