Je n'ai pas bien dormi ces dernières nuits. Le choix du sujet pour cette chronique m'a poursuivi dans mes rêves. Ou plutôt le fait que pour une chronique publiée ce 8 juin je n'avais pas la

liberté de choisir un sujet. «Tu sais – me disait encore une amie avant de partir en

Allemagne pour y suivre autant de matches possibles –, que pour le prochain mois seul le foot m'intéresse.» Compris… Le problème c'est que tout, vraiment tout a été dit sur ce championnat. Ou est-ce que je vous apprendrais vraiment quelque chose en parlant de la guerre entre Adidas et Nike? De l'impérialisme de Sepp Blatter? De cet écrivain dont la vie est uniquement rythmée par les championnats mondiaux, et pour qui le seul événement digne d'attention qui ait eu lieu entre 2002 et 2006 a été Portugal 2004? Vous avez vu les photos artistiques, alors en noir et blanc,

des meilleurs joueurs au monde, lu les portraits de leurs femmes. Vous connaissez aussi bien que moi le bar le plus à la mode de Kaiserslautern ou le meilleur bistro à Gelsenkirchen.

Vous savez que le Blick faisait pression sur les employeurs pour qu'ils permettent au personnel de regarder les matches au travail.

Vous avez appris que la BBC offre des transmissions en direct surInternet. Qu'une université au Bangladesh ajourne les examens. Que le parlement portugais change l'horaire de ses sessions. Qu'en Ecosse – qui ne participe pas à la compétition et où on a du mal à soutenir les voisins Anglais – les ventes de drapeaux de Trinidad et Tobago ont décollé. Que cette fois la Fifa interdit à tous ceux qui sont engagés dans ce championnat de participer aux paris ou loteries.

Vous n'ignorez pas que quelques-uns des plus somptueux joueurs de l'histoire n'ont jamais participé à un championnat mondial (George Best, Bernd Schuster,…). Vous savez qu'on craint un afflux énorme de prostituées en Allemagne destinées à ceux qui ne sont pas encore épuisés après le match – et ne souhaitant pas seulement explorer le bar à la mode de Kaiserslautern… Qu'un bordel affichant tous les emblèmes nationaux des participants a été obligé de noircir ceux de l'Iran et de l'Arabie saoudite par crainte des attaques de fanatiques islamiques. Que diplomates et juristes discutent intensément de la question de savoir s'il y aurait lieu d'emprisonner le président iranien, qui nie l'Holocauste, au cas où il accompagnerait en Allemagne l'équipe de son pays. Que Danijel Ljuboja de l'équipe serbe est donné favori pour le championnat non officiel de coiffures de joueurs…

Vous voyez bien que vous savez tout et que mon espoir de dévoiler un quelconque scoop est désespéré. Depuis des mois, les articles philosophiques s'ajoutent aux articles sociologiques, économiques, artistiques, politiques, psychologiques, juridiques.

Des millions de mots se sont accumulés.

Et je ne tiens même pas compte de ceux qui parlent du sujet censé être au centre de l'attention. Le foot.