La Suisse est un pays extrêmement bien protégé - c'est un officier supérieur d'Interpool, à Lyon, qui me l'a dit cette semaine. Sans, hélas, en détailler les raisons. Secret de police oblige.

Il y a un fléau qui, jusqu'à aujourd'hui, a épargné notre pays. L'officier d'Interpool ne l'a pas mentionné - il n'y avait probablement pas pensé -, ce sont les autobiographies des politiciens à la retraite. On a du mal à imaginer lire Décisions, par Micheline Calmy-Rey ou Ma vie en politique, par Samuel Schmid. Quoique. Pascal Couchepin serait-il tenté? Lui qui se voudrait homme d'Etat. Et qui, admettons-le, en a le plus l'allure.

Malheureusement, tout le monde n'est pas Winston Churchill. Qui par les qualités intellectuelles, qui par la carrière, qui par le style. Et, bien que la plupart des hommes politiques aient la sagesse de faire rédiger leur autobiographie par un journaliste ou un écrivain, ce sont rarement les meilleurs qui s'y collent.

Pour toutes ces raisons, la plupart de ces autobiographies sont nulles, ou presque. Prenez celle, sortie la semaine dernière, de l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder. Enorme brouhaha médiatique, conférences de presse, émissions de télévision à la chaîne, interviews et même publications de morceaux choisis. Y compris dans la presse suisse. Bien que les vraies découvertes soient rares dans ces œuvres d'autocongratulation, encore plus rares sont les médias qui osent traiter ces publications pour ce qu'elles valent réellement: en les ignorant purement et simplement.

Cela vaut évidemment pour le livre de Gerhard Schröder, qui lui permet néanmoins de remonter en fanfare sur la scène médiatique. Entre-temps, il a été nommé conseiller de la maison d'édition Ringier. Cet emploi à temps partiel n'en fait-il pas un petit peu notre ex-chancelier à nous aussi? Ce qui expliquerait en partie l'attention que l'on porte en Suisse à son livre Décisions - ma vie en politique.

Le premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, lui, a eu la franchise de dire - tout en faisant son éloge officiel - que son ami Gerhard Schröder voulait, par ce livre, conserver une souveraineté d'interprétation sur ses années au pouvoir.

On est loin de l'époque où l'on considérait la réserve et la discrétion comme faisant partie des attributs les plus nobles d'un ancien chef d'Etat. Schröder, Clinton, Thatcher, Gorbatchev, Giscard... Publier un bouquin superflu? Une large majorité d'entre eux est tombée dans le piège. D'un autre point de vue, on pourrait défendre l'avis contraire. A savoir que s'ils n'écrivaient pas, ils pourraient faire des choses bien pires. Et j'imagine que nos voisins français sont nombreux à souhaiter la parution, en 2007, d'un Mon Elysée, par Jacques Chirac.

Si tant est qu'il choisisse de ne pas se représenter.