La place porte un nom patriotique: Helvetiaplatz, place de l'Helvétie. Si on ne connaît pas Zurich, on pourrait penser qu'il s'agit d'une place centrale, d'une bonne adresse ou d'un endroit vraiment présentable.

La réalité est bien différente. L'Helvetiaplatz est l'une des places les plus moches que la grande ville du pays peut offrir. Excentrée à l'ouest de Zurich et entourée de bâtiments insignifiants dans le meilleur des cas, sinon franchement laids. Un arrêt de tram, ligne 8, guère d'arbres, beaucoup de béton et de circulation. Et juste à côté, un quartier que l'on appelle «quartier chaud», bien qu'il soit plutôt tiède.

Pour toutes ces raisons, on comprend que depuis longtemps, très longtemps, des politiciens souhaitent refaire cette place. Il existe d'ailleurs à cette fin une motion au Conseil communal. Motion qui date de l'année 1994 (lancée, comme un conseiller le soulignait, lorsque Vreni Schneider a gagné une médaille d'or aux Jeux olympiques de Lillehammer).

Tous les gens passant par la Helvetiaplatz seraient d'accord de le dire: il vaudrait bien la peine de la réaménager. Peu importe ce qu'on en ferait, cela ne peut être pire que la situation actuelle. On créerait une formidable aire de jeux pour des urbanistes en herbe ou pour de jeunes architectes.

Lorsque le parlement communal a rediscuté la motion voici quelques jours, il s'est avéré que rien, malheureusement, ne s'était amélioré depuis 1994. Une décision courageuse fut donc prise: la motion d'antan devait rester en vigueur.

Qui voyage à travers d'autres pays d'Europe, en France principalement, perçoit qu'on investit énormément en idées et en argent, parfois même en véritable créativité, pour embellir les villes. Certaines fois, dans un laps de temps très court, l'avance effectuée est considérable. Les efforts sont faits, même si souvent ils ne sont pas au goût de tous. Prenons Lyon, prenons Bordeaux, prenons Lille.

Chez nous, on avance difficilement. La faute à notre démocratie et au droit de chacun d'avoir son mot à dire. Même dans les cas où tout le monde semble d'accord sur le fait qu'un changement ne ferait pas de mal (et c'est bien le cas de l'Helvetiaplatz), il existe toujours une minorité qui se dresse contre chaque projet concret. Conséquence: les villes suisses progressent sensiblement moins vite que bien des villes à l'étranger dans leur course à l'embellissement.

Dans le cas mentionné ici, même le proverbe très suisse «tout vient à point à qui sait attendre» n'offre pas vraiment d'espoir. La motion a été adoptée il y a douze ans et absolument rien n'a bougé dans le bon sens depuis. Peut-être que douze ans, c'est toujours trop peu de temps. Surtout pour un projet aussi historique que l'aménagement d'une place de quartier.