Noël n'est pas l'affaire de chacun et chacune. Ni les autres fêtes d'ailleurs. Tous ceux qui en ont marre peuvent respirer. Noël est passé, Saint-Sylvestre et ses questions de principe concernant le sens de la vie et ses bonnes résolutions annuelles à prendre, Nouvel An et même la fête des Rois. Nous avons digéré les repas consistants, l'alcool et surtout les discours des monarques, présidents et premiers ministres. Leurs souhaits et avertissements - des espoirs concernant la création d'emplois en passant par la croissance nécessaire jusqu'au triomphe imminent de l'équipe nationale au championnat mondial du foot. Oubliés en plus les mots du nouveau président iranien, qui n'a même pas besoin d'un discours officiel du jour de l'An pour dire des bêtises.

Une période longue et dure a commencé pour ceux qui attendent les jours fériés avec impatience - sauf dans les régions où on plonge dans le carnaval. Janvier, février... plus rien à signaler. Il faut attendre mi-avril et la fin de semaine de Pâques. Malheureusement, là ça recommence - coup sur coup: Ascension, Pentecôte, 1er mai, Fête des mères et ainsi de suite. Mais d'abord il faut survivre les semaines froides, des semaines où les restaurateurs se plaignent du manque de visiteurs, les marchands d'une baisse des ventes. Souvent l'optimisme commercial recommence seulement quand les muguets poussent.

Le signe le plus triste et le plus significatif de la tristesse hivernale selon la Süddeutsche Zeitung: «Qui se promène ces jours dans nos villes les yeux ouverts va s'effrayer profondément. Les sapins que les gens jettent à la rue s'additionnent à la grisaille, la neige fondante, la froideur pour créer l'image la plus sombre.» Le journal propose de remplacer le sapin traditionnel qui perd ses aiguilles par un arbre de la région du Sauerland dont on sait qu'il se présente dans toute sa splendeur verte jusqu'au printemps voire l'été - pour le sacrifier enfin, pourquoi pas, dans un grand feu solennel le jour du solstice d'été.

Nous avons entendu parler de l'Anglais Andy Park qui a pris l'habitude de célébrer Noël chaque jour depuis le 14 juillet 1993 - hélas avec un sapin en plastique. Par contre, les plus innovateurs ne sont pas les Britanniques, mais les Russes. A Saint-Pétersbourg, il existe un bar - toujours comble - où l'on célèbre le jour de l'An 365 fois par an. Avec des cierges magiques, avec bien sûr un discours de Boris Eltsine sur vidéo, avec des serveurs costumés et des gens qui s'embrassent et échangent leurs meilleurs vœux.

Il y a évidemment ceux qui pensent que ce qu'on peut avoir à tout moment perd toute importance et toute signification. De l'autre côté, cela caractérise exactement notre société à options multiples: la disponibilité. Consommer un événement pour en tout cas éviter le blues de janvier!