Parfois quelqu'un a raison pour de mauvaises raisons. Prenons le journal danois Jyllands-Posten. C'est un journal d'habitude plein de componction et peu incisif. Ce journal, le plus grand du pays, a invité des dessinateurs de presse à plancher sur Mahomet. Le résultat, sans grande surprise, a débouché sur une douzaine de dessins assez osés. Dont Mahomet avec un turban-bombe. Ou ses regrets que le paradis manque de kamikazes vierges. L'effet recherché était imposé par le marketing: attirer l'attention sur le journal, faire les manchettes des autres médias du pays. Cela n'a d'abord guère marché. Le journal en a alors rajouté, et invité les communautés musulmanes à s'exprimer.

Comme par miracle, les réactions ont alors été négatives. La provocation orchestrée a enflé. Plusieurs organisations musulmanes danoises ont lancé des actions en justice. Et les vingt-deux pays de la Ligue arabe ont officiellement protesté et fulminé contre le journal aussi bien que contre le Danemark.

Ces derniers ont répliqué que dans une démocratie, l'expression de l'opinion était garantie. Et que cette garantie pouvait à l'occasion inclure des propos et dessins jugés offensants ou blasphématoires. Ce n'est qu'après plusieurs semaines de conflits que les deux parties ont retrouvé le chemin des débats raisonnables. Un dénouement est en vue.

A la vérité, il ne s'agit pas là d'un cas uniquement danois. Mais plutôt d'un cas occidental dont on trouve des exemples presque chaque semaine dans une région ou une autre. Y compris en Suisse, pays qui voit croître une population multiculturelle, en provenance de tous les coins du monde. Bien sûr le cas danois, qui a failli se transformer en un conflit très sérieux, n'est pas le meilleur des exemples en raison de la provocation qui en est à l'origine. Ce cas incarne toutefois une tendance. Celle d'une partie des communautés immigrées qui refusent les règles du jeu de leur pays hôte. Ou cette propension à contester la liberté d'expression, par exemple celle qui inclut l'étude de la pensée de l'autre et la critique de la religion ou des symboles religieux, même si cela doit gêner à la fois les musulmans et les chrétiens.

Répétons-le: mieux vaut que ceux qui préfèrent les règles de la charia restent à Riyad ou à Téhéran. Ils ne seront jamais à leur aise à Genève ou Zurich. De même, les Suisses qui attachent de l'importance aux acquis d'une société libre ne seront jamais à leur aise en Arabie saoudite ou en Iran. Comme l'a dit après le cas danois Thomas Kessler, responsable très réaliste de l'intégration à Bâle: il importe de faire des efforts des deux côtés. Les hôtes doivent respecter le règlement de la maison. S'ils acceptent les règles, les occupants des lieux se montreront hospitaliers. Et ils devront d'ailleurs l'être.