TECHNOLOGIE

Naissances artificielles, envie de naturel

Une entreprise romande présentait hier à Genève une nouvelle technique de procréation assistée: la fécondation «in vivo». Les publications scientifiques sont attendues pour début 2007.

L'infertilité touche un couple sur dix, certaines études parlent même d'un sur six. Des gens qui ont de plus en plus recours à la procréation médicalement assistée. Un domaine très technique mais qui connaît aussi ses modes. Aujourd'hui la demande est paradoxale: les couples souhaitent certes bénéficier des derniers progrès de la science, mais ils aspirent aussi à plus de naturel.

A quoi tient donc le naturel dans une fécondation in vitro (FIV), cette opération au cours de laquelle l'ovocyte (ovule) est prélevé après stimulation hormonale, fécondé en éprouvette et implanté dans l'utérus? Réponse en trois tendances.

• La fécondation dite «in vivo»

C'est le terme choisi par l'entreprise de biotechnologie Anacova pour désigner une nouvelle technique assez étonnante. Il s'agit de faire en sorte que la fécondation se passe dans l'utérus en utilisant un transporteur: sperme et ovocytes sont réunis dans une capsule percée de tout petits trous qui est introduite dans l'utérus. Ils baignent un temps dans le milieu utérin et, dans les meilleurs des cas, la fécondation a lieu. La capsule est ensuite retirée pour procéder au tri des embryons et réimplanter le «meilleur».

Pour le spécialiste de la reproduction genevois Pascal Mock, qui a inventé le concept, cette manœuvre est plus proche de la nature que la FIV traditionnelle. Une remarque qui étonne dans un premier temps puisque la fécondation naturelle se passe dans les trompes et non dans l'utérus.

«Nous évitons ainsi le stress de la fécondation in vitro qui se passe en éprouvette, dans un milieu nutritif artificiel. Et on sait aujourd'hui que l'environnement joue un rôle dans le développement embryonnaire, notamment dans l'expression des gènes.

Dans la méthode de fécondation in vivo, la rencontre du spermatozoïde et de l'ovocyte bénéficie d'un environnement biochimique très complexe. L'utérus joue le rôle d'un incubateur naturel. On ne sait pas vraiment ce qui s'y passe si ce n'est qu'il s'y passe nombre d'échanges cellulaires. En tout cas, les embryons issus de cette technologie sont incroyablement beaux. Je veux dire par là de bonne qualité!», annonce Pascal Mock.

Les femmes qui ont participé aux tests cliniques, à Bruxelles, ne semblent pas avoir été rebutées par les différentes manipulations dont elles ont été l'objet, notamment le retrait des embryons après fécondation. Pour elles, il était primordial que la conception ait lieu à l'intérieur de leur corps, selon le médecin.

• La FIV en cycle spontané

Les 15 et 16 décembre, le Royal College des obstétriciens et gynécologues a organisé à Londres le premier congrès mondial de fécondation in vitro en cycle spontané. La manifestation a eu un succès immense, ce qui montre l'intérêt qu'ont aujourd'hui les médecins pour les traitements les plus naturels possibles.

Il s'agissait de discuter des méthodes permettant de pratiquer une FIV en utilisant le cycle normal de la femme ou alors, dans les cas où cela s'avère nécessaire, avec une stimulation hormonale de l'ovulation aussi réduite que possible. Une option intéressante pour les patientes pour lesquelles une stimulation est contre-indiquée.

Le désavantage de la méthode c'est son faible rendement. Ce qui rend son coût trop élevé pour être rentable dans les pays industrialisés où l'acte médical est cher. Elle est par contre pleine d'intérêt pour les pays en développement où le coût des médicaments pèse plus que l'acte médical.

• La synchronisation

Une autre manière de procéder à une FIV en cycle naturel et d'en améliorer l'efficacité consiste à utiliser des techniques de synchronisation du cycle en ayant recours à un contraceptif ou des œstrogènes. On peut ainsi par exemple mettre les ovaires de la patiente au repos en lui donnant la pilule pendant une semaine ou deux. Ce qui induira une plus grande production d'ovocytes par la suite de façon «naturelle». De la même manière, le contrôle du cycle permet aussi de prévoir le jour de l'ovulation et donc d'éviter une stimulation ovarienne.

• Des pratiques courantes à Genève et à Lausanne

«Nous avons réussi à maîtriser le début du cycle mais nous cherchons aujourd'hui à agir sur le moment de l'ovulation», explique Dominique de Ziegler, chef des Unités de médecine de la reproduction des deux hôpitaux universitaires. «Nous faisons actuellement des recherches pour arriver à contrôler ce moment de façon à pouvoir procéder à la ponction de l'ovocyte sans avoir à recourir à une stimulation. C'est la première étude portant sur ce processus.»

Enfin, toujours pour rester dans un cycle naturel, il est aujourd'hui possible de prélever des ovocytes et de les faire mûrir in vitro, jusqu'à ce qu'ils soient prêts pour la fécondation. Encore une fois cela évite une stimulation ovarienne. Cette technique sera bientôt disponible à Genève et Lausanne, selon le professeur de Ziegler.

On le voit, soigner l'infertilité de la façon la plus naturelle possible nécessite de grandes avancées technologiques.

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