Naruto! Naruto! Si votre dernier-né plisse le front quand vous lui demandez gentiment qui est ce Naruto dont il parle tout le temps, si vous vous couvrez de ridicule à la table du petit déjeuner lorsque vous avouez ne rien savoir du troisième Hokage, rassurez-vous, cette tragédie est vécue par des millions de parents! Pourtant, il ne faut pas avoir peur des petits ninjas, ils sont beaucoup plus proches de nos contes de fées qu'il n'y paraît.

L'histoire commence pendant l'adolescence de Naruto Uzmaki. Orphelin et définitivement un peu crétin, il essaie à tout prix de devenir Hokage, c'est-à-dire ninja le plus puissant de son village Konoha. Douze ans auparavant, le démon-renard à neuf queues a entrepris la destruction du village, mais, alors, le quatrième Hokage stoppa ce démon en le scellant dans le corps d'un nourrisson: Naruto est né. Depuis lors, Naruto est mal-aimé chez lui, même si plus personne ne se souvient de cette histoire.

Malgré le charabia japonais exotique, les aventures de Naruto nous sont étonnamment familières, tant elles rappellent une autre histoire à succès pour les enfants. Le héros est lui aussi un jeune garçon qui obtient des super-pouvoirs par accident, en rencontrant une incarnation du mal. Ses parents ne sont plus là pour l'aider, et il doit trouver deux amis qui l'assisteront en suivant l'enseignement d'un «maître» dans une école spéciale. Il porte en lui une force exceptionnelle, qui ne manquerait pas d'être découverte, si on le prenait au sérieux. Le héros se heurte à la rivalité d'un apprenti presque aussi doué que lui, mais qui subit la néfaste influence d'un esprit maléfique, un autre maître. La scène ne se passe pas dans une école de magie en Angleterre, mais aucun ingrédient de Harry Potter ne manque.

«Comme dans Balzac»

Louise est une petite Genevoise de 7 ans, et une fan de Naruto. Sa mère Véronique, la quarantaine intellectuelle, a d'abord dénigré ces histoires de combat. «Quand les enfants jouent à Naruto, ils se transforment et se battent en se lançant des super-pouvoirs à la tête. Mais, au fond, ils ne s'affrontent que pour aider leurs amis!» Surtout, en se battant, les apprentis ninjas défendent l'honneur de leur village et évitent aux adultes de devoir s'affronter dans de vraies guerres! «C'est un peu comme dans Le Seigneur des anneaux de Tolkien, renchérit la mère, où ce sont les petits Hobbits qui se voient investis de la lourde mission de sauver les Hommes!»

«Au début, ce qui m'a le plus énervé, avoue la mère genevoise, c'est la lenteur des aventures. Un affrontement dure parfois trois épisodes. Moi j'avais envie de connaître l'issue du combat immédiatement. Mais petit à petit on se laisse gagner par cette narration lente, où l'action est sans cesse interrompue par des apartés, des flash-back et des descriptions, comme dans Balzac.»

Alors pourquoi lire ces mangas quand il y a des tonnes de tomes de Harry Potter, de Tolkien, de Balzac et autres de Guerre des boutons à (re)découvrir? Les enfants adorent évidemment être les seuls à comprendre les codes, le vocabulaire et jouissent de l'embarras des parents effrayés par un vocabulaire spécialisé. Le Japon reste un brin mystérieux, donc attirant. «Depuis qu'elle est fan de Naruto, ma fille veut aller en vacances au Japon; et elle mange tout avec des baguettes!» ajoute la mère compréhensive.

Cartes Panini

Au Paradoxe Perdu, haut lieu de connaissance manga et autres mondes virtuels, Patrick Pirkin voit débarquer régulièrement des jeunes à la recherche de Naruto. «Les plus jeunes ont 8 ans, explique le vendeur. Mais il n'y a pas de limite d'âge vers le haut... Depuis que la série télévisée a commencé, c'est la ruée. Au dernier Festival Polymanga de Lausanne, des centaines de petits Naruto ont envahi le stand, explique le jeune Patrick Pirkin. Ces enfants jouent au Cosplay (l'art de se déguiser en son manga préféré). On était soulagé de voir tout d'un coup un autre personnage!»

Dessiné par Masashi Kishimoto, le manga (bande dessinée) édité en France par Kana (Dargaud) a écoulé, depuis 2002, 3 millions de ces petits albums de bandes dessinées japonaises qui se lisent de droite à gauche. Mais ce sont surtout les cartes à collectionner européennes, éditées par Panini, qui connaissent un succès d'enfer: en Suisse, ce ne sont pas moins de 500000 paquets à 2fr.50, soit plus de 3,5 millions de cartes qui ont été écoulées dans les kiosques à journaux helvétiques. Une nouvelle série arrivera sur le marché romand fin mai, annonce la maison Panini, basée à Modène, en Italie.

Les petites figurines en plastique sont également très appréciées. Il faut compter une vingtaine de francs pour une petite boîte de 3 figurines, 50 francs la grande, les DVD existent en français (jusqu'à l'épisode 104, en 8 coffrets) et en japonais (jusqu'à l'épisode 217), les armes en plastique sont un hit et les bandeaux style kamikaze sont en rupture de stock; même les faux. Depuis le 25 octobre 2006, une version édulcorée destinée à un public plus jeune est diffusée sur la chaîne de télévision Cartoon Network France, tous les jours à 19h10. Une version «pour les enfants», spécialement réalisée pour France 3, s'intitule Le phénomène Naruto. Les jeux virtuels se déclinent sur GameBoy advance, PlayStation, PlayStation 2, PlayStation Portable, sur GameCube, sur Nintendo DS et Wii. Il existe également Naruto, le film1, le film2 et le film3. La nouvelle génération s'appelle Naruto Shippuden - le film1. Sortie en salle le 4 août... au Japon.