«Le vallon de Réchy, c'est mon amant, il ne dit jamais non!» s'exclame Pascale Haegler en débouchant dans le vallon après avoir emprunté le sentier qui y mène depuis la télécabine du Crêt-du-Midi au-dessus de Vercorin. Cette ancienne journaliste genevoise est littéralement tombée amoureuse de cette petite vallée sauvage, inhabitée, coincée entre le val d'Hérens et le val d'Anniviers et inaccessible en voiture. Pour pouvoir crapahuter dans «son» vallon tous les jours, elle a entrepris une formation d'accompagnateur(trice) de montagne. Elle passe ses examens finaux au mois de septembre comme les huit autres élèves de cette troisième volée. Car ce nouveau métier est encore balbutiant en Suisse. En France, ces guides de randonnée existent depuis un quart de siècle. Ils sont deux mille aujourd'hui. En Suisse, ils ne sont que douze à avoir achevé avec succès leur formation échelonnée sur deux ans à Saint-Jean dans le val d'Anniviers. L'écolage se monte à 4000 francs par année. Avec le matériel, il faut compter entre 12 000 et 15 000 francs pour les deux ans.

«Notre job, ce n'est pas seulement emmener des touristes en randonnée, c'est aussi leur apprendre à retrouver leurs cinq sens», explique Pascale Haegler en se penchant sur un brin de joubarbe, une plante baptisée «Mercurochrome du randonneur» pour ses vertus désinfectantes. Dans le ciel, elle montre un groupe de «casse-noix», un cousin du corbeau. Et d'expliquer qu'on l'appelle ainsi parce qu'il amasse quelque 40 kilos de pives d'arolle dans un millier de caches différentes. Et il en retrouve 80% pendant l'hiver, même sous un mètre de neige.

Accompagner les touristes en montagne, c'est aussi leur expliquer ce qu'ils voient, entendent et sentent. Cette nouvelle race de «guides», qui ne peuvent pas emmener leurs clients dans des escalades nécessitant un équipement d'alpinisme, suivent des cours allant de la géologie à la botanique, de l'économie rurale à la viticulture. Bref, des connaissances de base leur permettant de répondre à toutes les questions des touristes. Elles sont nombreuses et celles concernant le loup viennent désormais régulièrement depuis sa réapparition en Valais. Catherine Antille, qui lui consacre son mémoire de fin de formation, estime qu'il faut se préparer à «vivre avec». Et de prédire son arrivée prochaine dans le vallon de Réchy où les conditions sauvages sont propices à son retour. «Il n'est pas bien loin puisqu'un animal a déjà atteint Veysonnaz. Il n'a plus que le val d'Hérens à traverser.»

Observer, décrire, comprendre la montagne et la nature, Pascale Haegler et Catherine Antille sont convaincues de l'avenir de leur nouveau métier. «Le tourisme doux est l'avenir de ce pays, expliquent-elles en chœur, on apprend aux gens à prendre le temps.»

Le jour de notre «trek», le ciel s'est fâché. La grêle nous a surpris à 2300 mètres et il a fallu trouver un refuge sous un rocher, faire du feu avec quelques branches pour se sécher. C'est aussi cela accompagner les touristes. En arrivant à l'Ar du Tsan, au milieu du vallon, on découvre un spectacle qui rappelle les images des vallées himalayennes, les lacets de la rivière cherchent leur chemin dans ce plateau marécageux, l'un des derniers marais non drainés de Suisse. «Voici mon bureau», glisse en riant Pascale en ouvrant les bras à ce paysage d'une beauté à couper un souffle déjà court après la montée. Elle ne regrette pas son ancien métier de journaliste dans un quotidien genevois. Même si les fins de mois sont souvent difficiles à boucler. Une journée avec un groupe peut rapporter 250 francs, mais il n'y a pas tous les jours des clients et la saison est courte. L'hiver, elle travaille aux remontées mécaniques et emmène de temps en temps «ses» randonneurs découvrir le vallon de Réchy raquettes aux pieds. «Il faut travailler tous ensemble: responsables du tourisme, guides et accompagnateurs, comme cela se fait avec succès en France», résume-t-elle. C'est une question de survie pour les régions de montagne.

Dans quelques semaines, si elles réussissent leurs examens, Pascale et Catherine seront accompagnatrices de montagne diplômées. L'Etat du Valais reconnaîtra en effet officiellement cette formation cet automne. Un premier pas vers une reconnaissance au niveau national.