Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire

Avec Navyboot, Bruno Bencivenga a créé la plus belle «success story» de la chaussure suisse

Cent soixante mille paires sont vendues chaque année par la marque suisse, qui vient d'ouvrir son premier magasin genevois, rue du Rhône. Il y a onze ans, son fondateur débutait avec vingt-sept paires et un seul modèle. Aujourd'hui, il se verrait bien à New York, Tokyo, Londres et Paris

La salle est spacieuse, son parquet patiné reflète le soleil de mars qui traverse des vitres sans rideau. A travers les murs et dans les vibrations du plancher se perçoivent l'animation bouillonnante de la place Bellevue et les mouvements de toute une foule, surprise ce matin par une crise de fièvre acheteuse. En bas, sous les bourgeons des platanes prêts à exploser, le magasin Navyboot doit avoir vendu sa première paire de mocassins d'été. A l'étage, au bout de la grande table de réunion, Bruno Bencivenga se verse un verre d'eau Ferrarelle. «A mes yeux, c'est la seule eau minérale, je boycotte toutes les autres. Elle vient comme moi de la région de Naples.» Et le regard du propriétaire de Navyboot se met à pétiller, avec cette même énergie qu'on avait remarquée déjà à sa façon de serrer les mains et qui doit provenir, comme les bulles de son eau favorite, d'une naissance à proximité du Vésuve. Responsable d'une des plus belles success story de l'entreprise suisse, Bruno Bencivenga dirige à 55 ans un petit royaume florissant dans l'empire de la chaussure de mode. Le long de la rue du Rhône, il a inauguré deux semaines auparavant son premier magasin genevois. Cinquième boutique Navyboot en Suisse après Zoug, Berne, Zurich et Lausanne, et deuxième en Suisse romande, elle est destinée à un public haut de gamme.

Il y a onze ans un jeune Zurichois d'origine italienne, parti de rien, vendait les 5000 premières paires d'une chaussure qu'il avait dessinée lui-même en s'inspirant des souliers de ville des policiers et militaires américains. «Je voulais dessiner une chaussure universelle, pour tous les jours, toutes les situations et pour 80% des pieds, raconte Bruno Bencivenga. Je voulais aussi que ma chaussure soit de qualité et entièrement fabriquée en Suisse.» Son dessin sous le bras, il rencontre en 1991 la direction de l'usine tessinoise Benelli, à qui il commande 27 paires. On se moque un peu à Bellinzone de cet hurluberlu qui croit pouvoir décrocher la lune avec à peine une trentaine de paires de chaussures, somme toute très classiques, sur un marché dominé par les monstres de la mode et les grands groupes du luxe. En une semaine, il a tout vendu. Sa commande suivante, 5000 paires, avoisine les dimensions auxquelles l'usine est habituée. Que ce soit dans ses propres magasins ou sous d'autres enseignes, Navyboot aujourd'hui vend chaque année 120 000 paires de souliers entièrement made in Switzerland qui partent chausser la plante des pieds suisses, italiens, belges, américains, russes et japonais. Aujourd'hui encore, le premier modèle masculin, dessiné sans grande étude de marché, est celui qui se vend le mieux, et ce malgré les nouvelles créations pour la marque du designer italien Maurizio Quaglia. Les dames, quant à elles, ont dû attendre huit ans avant de pouvoir chausser le premier mocassin féminin produit par Navyboot. Elles se sont rattrapées depuis en s'arrachant les ceintures, sacs à main et montures de lunettes que la marque leur a destinés. Quant à l'usine Benelli, selon Bruno Bencivenga, elle doit sa survie à Navyboot dont elle produit plus de 260 paires par jour. Avec un investissement de départ qui ne dépassait pas une vingtaine de milliers de francs, Navyboot après dix ans d'activité, a réalisé un chiffre d'affaires de plus de 15 millions de francs, auxquels sont venus s'ajouter les 30 millions de revenus de Sagola SA, entreprise fille qui gère les 27 filiales des magasins Varesino, Di Varese, Bagatt et Navyboot-Shop; des petites surfaces qui rapportent gros. Avec ses 40 mètres carrés par exemple, la boutique Di Varese sur la Bahnhofstrasse à Zurich apporte 2,3 millions de chiffre d'affaires annuel, le magasin lausannois du même nom pèse quant à lui 1,7 million de revenus dans le bilan de l'entreprise.

Plus encore que le look ou la qualité de son produit, c'est l'intelligence – et la modestie de l'organisation de toute la chaîne de production et de vente, de l'usine jusqu'au magasin –, qui semble avoir forgé le succès de la marque. Navyboot est une entreprise familiale à structure très légère et entièrement autofinancée. «C'est normal, sans grande marge sur chaque chaussure, nous devons minimiser notre infrastructure.» Le frère de Bruno Bencivenga, Flaviano, dirige Sagola SA, tandis que sa femme épluche les finances de Navyboot. «Même ma fille travaille pour moi, s'amuse Bruno Bencivenga. A 19 ans, elle ne porte que des chaussures Navyboot. C'est mon expert en qualité le plus exigeant et le plus critique qui soit.»

Afin de prendre le minimum de risque, Navyboot sous-traite la production de ses chaussures et accessoires, ce qui lui permet de diversifier presque sans limite son offre de produits. «Pour une marque, contrairement à une fabrique, la diversification est une activité primordiale. Les dangers de cette diversification sont moindres si l'on ne produit pas soi-même.» L'entreprise ne détient presque pas d'actifs immobilisés non plus. Navyboot loue ses bureaux et ne possède pas de lieu de stockage. La production fonctionne donc en flux tendus, c'est-à-dire sans stocks; raison pour laquelle on tient tellement chez Navyboot au Swiss made. «Il est plus facile de travailler de cette manière si l'on ne doit pas traverser une frontière à la moindre commande.» Dans ses rêves, pas si loin d'être réalisés, Bruno Bencivenga a pignon sur les rues de New York, Londres, Tokyo et Paris, où il applique sa devise favorite: «Courir telle la gazelle afin d'échapper aux crocs des lions.»

Publicité
Publicité

La dernière vidéo société

Alain Petitmermet: «J'ai vu cinq fois des gens passer sous ma locomotive»

Le mécanicien de locomotive a vécu en vingt ans de carrière entre cinq et six suicides. Il a dû abandonner le métier durant plusieurs années, avant d'y revenir avec une foi chrétienne grandissante, au point de vouloir y consacrer un livre

Alain Petitmermet: «J'ai vu cinq fois des gens passer sous ma locomotive»

n/a