Rarement des propos racistes n’avaient suscité un tel tonnerre de réactions outrées. Et jamais son auteur n’aura été autant sanctionné. Donald Sterling, le propriétaire de l’équipe de basketball des Los Angeles Clippers est radié à vie de la National Basketball Association. Celle-ci lui inflige une amende de 2,5 millions de dollars, le montant le plus élevé que les règlements de la NBA autorisent. La décision du patron de la NBA Adam Silver marque un tournant. Donald Sterling, un octogénaire dont la fortune est estimée à 1,9 milliard de dollars, s’est déjà fait remarquer à de multiples reprises pour des propos racistes et fait l’objet de multiples plaintes. Beaucoup s’étonnent d’ailleurs du temps que cela a pris pour sanctionner le propriétaire des Clippers depuis 1981. Le procès-verbal d’une plainte pénale déposée voici quelques années relatait les déclarations suivantes de Sterling: «Les locataires noirs sentent mauvais et attirent la vermine.» Il avait été condamné à ce moment à une amende de 2,7 millions de dollars. De fait, des procès-verbaux de tribunaux ne sont pas toujours aussi parlants que des enregistrements sonores que les chaînes de télévision américaines ne se sont pas privées de diffuser.

La controverse a commencé le week-end dernier avec la diffusion d’enregistrements de la conversation que Donald Sterling a eue avec une femme qu’il connaissait. Le milliardaire se disait étonné que cette dernière ait pu mettre sur internet des photos d’elle en compagnie d’Afro-Américains dont la star américaine à la retraite Magic Johnson qui joua à l’époque pour les Los Angeles Lakers. «Ne le fais par venir à mes matches, insiste-t-il. Oui, cela me dérange beaucoup que tu veuilles faire la promo et diffuser des images montrant que tu es associée à des Noirs. Est-ce vraiment nécessaire?»

Adam Silver n’a pas encore spécifié comment il comptait s’y prendre pour forcer Donald Sterling à vendre les Clippers dont la fortune est évaluée à 500 millions de dollars. Mais le patron de la NBA a bon espoir d’obtenir les trois quarts des votes nécessaires, de la part des autres propriétaires des Clippers pour exclure le milliardaire. Adam Silver a agi aussi sous pression. Certains n’hésitaient pas à brandir la menace de boycott si des sanctions n’étaient pas prises contre Donald Sterling. Sur Twitter, Magic Johnson, qu’on a récemment vu à l’ Apollo Theater de Harlem à New York défendre la cause des droits civiques, a déclaré: «Les joueurs anciens et actuels de la NBA sont très contents et satisfaits de la décision de M. Adam Silver.»

Le chef de la NBA met ainsi fin à une longue histoire entre les Clippers et Donald Sterling qui acheta les San Diego Clippers en 1981 et les fit venir à Los Angeles en 1984. Il se débarrasse aussi d’un propriétaire très controversé et critiqué, mais jamais mis en demeure de quitter le club. Les autres propriétaires du club ont déjà dit qu’ils allaient prendre en compte tout l’historique des propos racistes de Sterling avant de prendre la décision de l’éjecter. Dans l’Amérique du premier président noir de l’histoire des Etats-Unis, Barack Obama, l’épisode des Clippers révèle une nouvelle fois que la question raciale en Amérique est loin d’être résolue. Il n’est plus question, comme lors de la campagne présidentielle de 2008, de société «post-raciale».